LIVRE 1[. — LETTRE CINQUIEME
très, et les articles du Décalogue. Entrant dans une couiie explication en leur propre langue, je leur fis connaître ce que c'était que le paradis et l'enfer ; et en pûême temps, quels étaient ceux qui étaient enlevés au ciel en la compagnie des bienheureux, et ceux qui étaient précipités dans les peines éternelles de l'enfer. Après m' avoir entendu, ils se levèrent tous pour me témoigner leur adhésion, et confessèrent hautement que le Dieu des chrétiens était le vrai Dieu : car ses lois étaient en tous points conformes à la raison. Ensuite ils me demandèrent si l'âme humaine , comme celle de tous les animaux, périssait avec le corps. Dieu m'inspira des raisons si complètes et si satisfaisantes pour leurs esprits, qu'à leur grande joie, je les convainquis de l'immortalité des âmes. Or, les arguments destinés à convaincre ces peuples ignorants ne doivent point être subtils, comme on en trouve dans les écrits des docteurs, mais en rapport avec l'intelligence de l'auditoire. Ils me demandèrent par où l'âme s'échappait du corps, comment il arrivait que dans les rêves, — ainsi que je l'ai moi-même souvent éprouvé, mes bien-aimés frères, lorsque je songe de vous, — on se croyait au miheu et dans la compagnie de ses amis, et si c'était qu'alors l'âme sortît du corps : enfin si Dieu était blanc ou noir. En effet, parmi l'infinie variété de couleurs qui paraît dans les hommes, les Indiens, étant de race noire, préfèrent leur couleur à toute autre, et croient que les dieux sont noirs. De là vient que la plupart de leurs idoles sont entièrement noires, et de plus, ointes ordinairement avec de l'huile, et exhalant une si forte odeur, qu'elles sont à la fois horribles à voir et d'une fétidité révoltante. A toutes ces questions, j'ai pu répondre de manière à satisfaire mes auditeurs. Mais lorsque je les réduisais à la conséquence extrême, qui était d'embrasser une religion dont ils confessaient la vérité, ils répondaient en s'excusant, ainsi que font un grand nombre de chrétiens, sur ce qu'ils donneraient à parler au monde s'ils changeaient de vie et de croyance, et qu'ils auraient à craindre, en changeant de
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