LIVRE II. — LETTRE CINQUIÈME
Souvent il m'arrive d'entendre un de ces ouvriers évangéliqnes s'écrier : « Grâce, grâce, Seigneur, ne m'inondez pas en (( cette vie de toutes ces délices, ou si votre bonté et votre (( miséricorde infinies continuent à en remplir mon âme, dai- « gnez me ravir en la demeure de vos bienheureux ; celui (i qui a goûté dans son âme les pures délices de votre grâce, « ne saurait désormais vivre exUé de votre présence (1). »
Une autre consolation pour moi, mes bien chers frères, c'est votre pensée, et le souvenir de notre aimable intimité, précieux bienfait dont m'a gratifié la divine miséricorde. Je reconnais en même temps, et je sens intérieurement, combien j'ai perdu d'heures dans mon existence, et combien peu de fruits j'ai recueillis de votre sainte amitié, et de votre science des vérités divines. Je dois sans doute à vos prières la grâce admirable de reconnaître, à la distance qui nous sépare , le nombre et la grandeur de mes péchés passés ; et j'y puise de nouvelles forces pour cultiver avec zèle ces terres infidèles. J'en suis pénétré de reconnaissance envers la divine miséricorde et envers votre sainte charité.
Parmi les fruits de bénédiction que je dois en cette vie à la bonté divine, et qui se renouvellent tous les jours, le plus grand à mes yeux est l'approbation et la confirmation de notre institut par le souverain pontife. Je rends à Dieu d'infinies actions de grâces de ce qu'il a daigné con-
(1) Édition de Louvain :
Oh ! si les hommes qui se livrent à la science travaillaient uniquement en vue d'obtenir de Dieu là ^àce de devenir l'objet de ces consolations et de ces délices! Quelles épreuves n'endurent-ils pas, afin d'acquérir la vaine sagesse de ce monde ! Oh! si ces joies qui naissent, dans un grand nombre d'esprits, de la poursuite heureuse d'une découverte , étaient pour eux le fruit de l'instruction du prochain et des œuvres de la charité ; s'ils enseignaient à autrui les vérités nécessaires pour le salut ; s'ils écartaient de la bergerie les loups dévorants ; s'ils confirmaient dans la foi les âmes qui s'inquiètent, et s'ils ranimaient leur zèle : combien seraient-ils mieux préparés à rendre au Seigneur le compte qu'il leur demandera, lorsqu'il dira : « Rendez le compte de votre administration ! »