LIVRE II. — LETTRE NEUVIÈME
liens à Punicale ; on aurait même entendu ce Portugais se vanter qu'U le mènerait à Tutucurin avec lui. Lorsque vous aurez appris la vérité touchant cette affaire, écrivez-en, je vous prie, au gouverneur. Et si l'on peut encore rencontrer ce Portugais, quel qu'il puisse être, employez tous vos efforts, et faites en sorte que le prisonnier soit immédiatement délivré. S'il est redevable envers le Portugais, que la plainte soit portée devant le prince, qui décidera selon la justice, et qui maintiendra, comme il en a la coutume, le droit des nôtres. Mais ce conseil est tardif, et c'était la voie que l'on devait suivre dans l'origine. Un sujet d'un souverain allié ne devait pas être enlevé dans les États mêmes de ce prince et sans sa participation. Ainsi notre courage agit à contre-temps ; l'on épargne les ennemis, et l'on persécute les amis. Cette injustice m'interdit tout accès auprès du roi, qui sans cela se serait montré favorable; serait-ce un acte de sagesse que d'aller affronter une assemblée de courtisans, tous frémissants d'indignation au sentiment si récent encore d'une suprême injure ? Je conçois leur colère, née d'une cause entièrement légitime. N'est-il pas, en effet, intolérable de voir saisir et enlever, par de prétendus alliés, les serviteurs d'un souverain ami, sur les domaines mêmes de ce prince, et sans qu'on ait sollicité ni attendujson assentiment? Avait-on jamais ouï dii^e qu'à l'époque des Paies (1), c'est-à-dire d'une domination tyrannique, pareil at-
(1) Les Pules ou Poligares étaient de petits seigneurs, des espèces de hobereaux, établis dans des châteaux sur les hauteurs : ils avaient fini par asservir la plus grande partie du pays, et par usurper une autorité presque souveraine. C'était une féodalité semblable à celle d'Europe, et qui ne cessa que BOUS la domination puissante des conquérants indiens du xv* siècle.
Les Mudaliares, dont le nom se présentera plus loin, étaient une famille delà côte de Coromandel, appartenant à la caste des Vaïçyas ( marchands et cultivateurs), troisième caste de l'Inde, et qui jouit d'une très-grande influence da.xni" au xvi® siècle ; ses membres construisirent également un grand nombre de châteaux.
On rencontre encore dans ces pays les nombreuses ruines de ces forteresses, et la réponse invariable des habitants au voyageur est : Ceci fut bâti