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CHAPITRE DEUXIÈME (1542-1544). XXXV

dispositions apparentes pour une religion dont ils avaient possédé d'anciennes prémices, et dont ils présentaient encore quelques signes : en même temps il avait à cœur de les soustraire à la propagande mahométane, qui leur arrachait leurs enfants pour les faire élever dans le culte odieux de Mahomet.

Il entreprit de leur faire comprendre l'essentielle nécessité du Baptême et l'unité de la foi, qui n'admet point de mélange adultère. Xavier ne leur parlait que par le secours d'interprète, mais sa seule présence était une prédication efficace et toutç-puissante : ses gestes enflammés et sa sainte apparence, qui produisaient en Italie de si grandes merveilles, n'agissaient pas moins sur les Socotoréens ; . peut-être aussi le Père possédait-il déjà ce don des langues, dont nous raconterons plus tard les effets prodigieux, et faisait--il entendre à leurs âmes ces effusions de charité divine qui pénétraient et convertissaient ses auditeurs ; tous accouraient pour offrir au Père leurs enfants à baptiser, et le suppliaient de demeurer dans leur île. Xavier fut attendri et supplia Souza de l'y laisser au moins quelques mois ; mais le gouverneur, considérant l'intérêt des Indes, et craignant que les Sarrazins, qui infestaient cette île, ne s'emparassent de Xavier et ne l'emmenassent en esclavage, ne voulut point se rendre aux vœux du missionnaire, et le P. Xavier dut s'éloigner des Socotoréens, en leur promettant de leur envoyer bientôt des secours spirituels. En effet, l'un de ses premiers soins, en arrivant à Goa, fut de recommander, par une lettre, au roi de Portugal, les intérêts spirituels de ce peuple, et ce souverain fit en effet partir une expédition, qui délivra les Socotoréens de la servitude musulmane. Xavier lui-môme, voulant ajouter à ce bienfait la grâce plus précieuse de l'apostolat, destina d'abord à cette île le P. Cypriano, qu'il se vit obligé d'envoyer à Méliapour; mais d'autres missionnaires s'y rendirent plus tard.

Le 6 mai 1542, fête de saint Jean devant la Porte-Latine, treize mois après avoir quitté Lisbonne, le navire qui portait Xavier entra dans le port de Goa {Lettres, I, p. 52 et note), métropole des Indes portugaises , résidence du gouverneur et de l'évêque, et la ville de commerce la plus considérable des Indes. Bâtie par les Mores, quarante ans seulement avant la venue des Portugais, elle avait été conquise en 1510 par le grand Alfonse d'Albuquerque. Alors fut vérifiée une prophétie de saint Thomas : le saint

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VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

Apôtre avait annoncé que la foi chrétienne qu'il avait plantée en différentes contrées de l'Orient y refleurirait un jour, lorsque la mer viendrait baigner le pied d'une colonne qu'il avait érigée luimême, et qui en était éloignée de quarante milles. En effet, au temps où Vasco de Gama pressa de son pied la terre des Indes, la mer atteignait la base du monument (1).

En descendant du navire, le P. Xavier se rendit à l'hôpital pour y prendre sa demeure {Lettres^ I, p. 59), Il se rendit ensuite auprès de l'évêque de Goa pour lui baiser les pieds et pour

(1) Le P. Lucena décrit avec étendue les régions de l'Inde. Sa narration donnant une juste idée de l'Asie Portugaise, et devant servir à l'éclaircissement de notre sujet, nous la suivrons en l'abrégeant. Partant de Socotora, l'historien indique d'abord l'Ethiopie ou Abyssinie, empire africain du souverain appelé le Prêtre-Jean; de là, s'élevant vers le nord jusqu'au golfe Persique, il détermine la position d'Ormuz, capitale d'un royaume du même nom, l'entrepôt d'un commerce immense, et que ses habitants appelaient un joyau précieux enchaîné dans l'anneau du monde. Après Ormuz 3'étendait la Caramanie jusqu'à l'embouchure de l'Indus, C'est le fleuve Indus qui donne son nom à la grande mésopotamie remplie de royaumes, qui occupe tout le versant méridional de l'Asie. En descendant des bouches de l'Indus, on trouvait le royaume de Guzerate ou de Cambaïe, et sur le littoral de ce royaume les Portugais possédaient les forteresses de Diu, Daraam et Baçaïm: et leroyaumedeDecan, où les Portugais avaient Ghaûl. Soixante lieues plus au sud, sur le territoire de Canara, se trouvait Goa, puis Onor, Baticala, et d'autres places du roi de Bisnagar. Au delà s'étendait la province de Malabar, qui contenait les royaumes de Cananor, Calicut, Cranganor, Cochin, Poréa, Coulam, Travancore, et qui se terminait au cap Comorin. Vis-à-vis le cap Comorin était Ceylan, île considérable et qui renfermait un grand nombre de royaumes. En remontant dans le golfe du Bengale on côtoyait pendant 200 lieues la face orientale du royaume de Narsingue ou Bisnagar. Parmi ses cités, dans le Coromandel, était la ville de Méliapour que les chrétiens appelaient Saint-Thomas. Plus élevés en latitude étaient les états de Narsingue proprement dit et d'Orixa : au delà et en descendant, les royaumes considérables du Bengale, du Pegou et de Siam. Vis-à-vis de Malacca, cité portugaise, et de Singapour, s'étendait l'ile de Sumatra, presque aussi vaste et aussi considérable par ses royaumes que celle de Ceylan. Au delà de Singapour, étaient les royaumes de Chiampa, du Camboge et de la Cochinchine, et enfin la Chine, divisée elle-même en quinze provinces, dont chacune pouvait à juste titre passer pour un royaume. Quant aux archipels et aux îles semés dans ces mers, on ne pouvait en exprimer le nombre. Pour n'indiquer que celles à l'orient de Sumatra, on rencontrait les Javas, Timor, Bornéo, Banda, les Moluques, [Célèbes, Macassar, les îles de la Sonde, les Lequios (Lieou- Kieou), l'archipel du Japon, et une infinité d'autres.

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