‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 17 sur 759 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

remettre humblement dans ses mains les bulles du souverain pontife, voulant tenir du pasteur diocésain les pouvoirs de missionnaire et ne les exercer qu'avec son parfait assentiment {Lettres^ I, p. 52 et note, et p. 158 etnote).

L'évoque de Goa, D. Joam d'Albuquerque, franciscain, l'un des plus vertueux prélats de son temps, et bien digne d'être le pasteur diocésain de Xavier, fut édifié de la profonde humilité du nouvel Apôtre. Il releva Xavier, et l'embrassa tendrement : « Usez hbrement, lui dit-il, des pouvoirs du Saint-Siège ; un légat apostolique, immédiatement envoyé par le Vicaire de Jésus-Christ, n'a point besoin de recevoir sa mission d'ailleurs; et si l'autorité épiscopale est nécessaire pour la maintenir, soyez assuré que jamais elle ne vous manquera. »

L'union étroite qui se forma dès lors entre ces deux grandes âmes fut, par la suite, d'un avantage immense pour le salut d^s peuples et l'exaltation de la foi chrétienne.

A cette époque, l'état religieux des Indes était déplorable. Les premiers Portugais qui, selon l'expression d'un ancien historien, marchaient à la conquête armés en même temps du glaive spirituel et du glaive temporel, n'avaient eu que des enfants dégénérés. En vain la foi chrétienne avait été plantée parmi des populations nombreuses, et vingt mille Palawares s'étaient-ils convertis au seul lieu de Comorin. En vain la milice religieuse du patriarche saint à François avait accompagné dans les Indes Pedialvarez Cabrai , en

vain Siqueira l'avait établie à Goa : ses membres, trop peu nombreux, s'étaient vus impuissants pour conserver le dépôt de la religion. Les généreux efforts du gouverneur des Moluques, Antonio Galvam, et la fondation par ce grand homme du premier séminaire indigène, fondation qui fut approuvée par le concile de Trente, ne purent donner h la foi cathoUque^ parmi les naturels, l'accroissement et la fécondité dont ces nobles efforts semblaient être les prémices. L'ambition et l'avarice des nouveaux conquérants devaient , en quarante ans à peine, stériUser les œuvres saintes de leurs devanciers. Les places portugaises demeuraient des années entières sans que le Saint-Sacrifice y fût célébré ; la parole divine n'y était plus prêchée; les Sacrements y étaient mis en oubli; ou, SI de rares et timides chrétiens accomplissaient les devoirs essen-

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

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tiels au salut, c'était furtivement, ainsi qu'au temps de Notre-Seigneur le pharisien Nicodème vint de nuit demander à Jésus-Christ le bienfait de la vérité spirituelle, et la révélation du Verbe divin. Les Indiens oubliaient tous leur baptême et retournaient à l'idolâtrie. ' -

Goa principalement offrait le spectacle le plus douloureux. Dans un mémoire au roi de Portugal, envoyé peu de mois avant la venue du saint Père, on lit le déplorable récit des iniquités portugaises. En vain l'évêque de Goa fulminait tons les ans de solennelles excommunications : les anathèmes de l'Église étaient méprisés, et les idolâtries les plus monstrueuses régnaient dans une ville chrétienne , au milieu d'un peuple baptisé, qui s'était vu choisi peu d'années auparavant, par la bénédiction du Saint-Siège, pour aller accomplir la conquête spirituelle et temporelle de l'Asie.

Le P. Xavier commença son apostolat par la prière et les œuvres de charité (Lettres, I, p. 57). Répandant ses ardentes prières en la présence de Dieu pendant la plupart des nuits , il prenait seulement quelques instants de sommeil , dans l'hôpital , auprès du ht des plus malades. Son existence était celle que nous avons déjà racontée. Outre les infirmes et les prisonniers qu'il assistait tous les jours, l'asile des lépreux recevait sa visite, les dimanches, à cause du moindre nombre. Ces membres de Jésus-Christ, les plus humiUés de tous, et qui présentent en leur personne comme un raccourci des misères humaines, étaient sa joie et sa consolation. Il les embrassait tendrement et leur partageait les aumônes qu'il avait recueillies pour eux. Il leur donnait tout son amour et leur prodiguait tous les secours spirituels. Après avoir accomph vis-à-vis des malades et des prisonniers (1) les ministères essentiels de la religion, Xavier se consacra, ainsi que ses compagnons, à l'enseignement de la doctrine chrétienne; et, pénétré de cette pensée, que les enfants initiés de bonne heure aux leçons salutaires de la rehgion seraient les prémices du renouvellement des mœurs parmi les citoyens, et que si la génération présente passait de ce monde en ayant persévéré dans l'infidélité, la génération nouvelle serait du moins mieux préparée et plus docile

(I) Le vice-roi Martin-Alphonse de Souza visitait une fois la semaine les hôpitaux et les prisons. Le roi Jean III, dans une lettre à D. Joam de Castro, qui succéda à Souza, lui recommanda d'observer le même usage.

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