‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 180 sur 759 · LIVRE II. — LETTRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LETTRE VINGTIÈME

gens, lorsqu'aucun espoir ne se présente à la vue, que de ' la part de Dieu seul. ;

Ici je manque de papier pour écrire. J'en avais laissé chez vous une certaine quantité dans une boîte, et je vous prie de m'en envoyer, au plus tôt, ce qui m'est présentement nécessaire. J'attends par le même courrier une lettre (levons, qui m'apprendra si les embarcations sont déjà mises à la mer, et si le chétif mobilier des familles qui sont en péril sur la terre ferme, et le reste de ce qu'elles possèdent, y sont déposés ; si les mères de famille y sont placées avec les enfants. Que si ce n'est point fait encore, il faut s'en occuper activement. Vous irez trouver de ma part Antoiii« demandez , surnommé le Gros, et vous le conjurerez, lu nom de l'amitié qu'il veut bien avoir pour moi, de se porter sans différer au secours de cette malheureuse population; qu'il emploie son autorité pour faire accélérer leurs préparatifs ; qu'il leur en fasse une nécessité, je ne dis pas dans l'intérêt de leur liberté, mais dans celui de leur vie même : oui, de leur vie et de leur sang , car les plus aisés d'entre eux seront peut-être emmenés j^âr ces brigands altérés de rapines, dans l'espérance d'une ran--çon; mais les plus pauvres, de qui l'avarice n'a rien à attendre, seront immolés par ces hommes sanguinaires. Encore une fois et sur toutes choses, je vous renouvelle mon avis d'avoir, pendant les nuits, des sentinelles en observation dans toutes les parties du littoral, surtout en ce temps de la pleine lune qui peut éclairer des marches ennemies.

Que Dieu vous conserve en sa garde , elle est seule mfaiUible! Adieu. '

De Manapare, le 3 août ISkk.

Votre très-affectionné frère en J.-C.

François.

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LIYBE IL — LETTEE VINGT-UNIÈME.

A Fraacels de H»neia».

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Mon très-Cher frère en J.-C. , :^î

Je profite d'une occasion nouvelle pour vous réitérer les avis que ce matin même je vous adressais : je vous conjure de nouveau très-instamment d'employer tous vos efforts pour soulager et pour consoler ce peuple infortuné, dans l'excès de son malheur ; et ce que j'attends comme un gage bien sensible , et pour moi bien précieux, de votre charité , écrivez-moi fidèlement ce qui s'est en réalité passé à Tutucurin. Je crains que ces troubles de Tutucurin n'accroissent les maux de nos chrétiens, éprouvés déjà si douloureusement. Ici règne une telle consternation, et une telle anxiété par l'appréhension des maux à venir, que je ne saurais vous l'exprimer par mes paroles. Je ne pourrais jamais, et personne au monde ne serait tenté de le faire, abandonner ce peuple en ce danger suprême et dans cette extrémité de malheurs. Aussi je ne désire pas que vous accompagniez Jean d'Artiaga , là où il désire vous mener, si ce n'est après qu'il n'y aura plus d'inquiétude de la part des Badages; lorsque vous aurez appris à cet égard quelque nouvelle certaine, instruisez-m'en immédiatement.

Pour déterminer cesbarbares à déposer les armes, le roi de Travancore leur adresse un brahme, qui part accompagné de l'interprète de notre gouverneur ; on ignore quel sera le succès de leur démarche. Nous les avons tous deux à Manapare, prêts à monter sur le premier navire. Je désire infiniment connaître les faits relatifs aux Portugais de Tutucurin; je vous en conjure encore une fois, écrivez-moi toutes choses avec détail, et smtout ne différez pas d'écrire, aussitôt que vous aurez des nouvelles : confiez ces nouvelles au papier, et expédiez-les. Je suis dans une fièvre morale et dans une émotion indicihles, que vos lettres seules auront le

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UVRE XjL, — LETTRE VINGT -DEUXIÈME. 1^7

pouvoir d'apaiser, ôïi parle ici de Portugais et de chr?ffi||^ tués ou blessés. Est-ce réel, ou ne l'est-ce point? Que s'estil passé, et avec quelles circonstances ? je désire le connaître par vous au plus tôt. Au sujet de votre départ, nous déciderons dans notre prochaine entrevue, ce qui sera préférable ; que si l'orage qui menace de la part des Badages venait à se dissiper, je me hâterais de vous écrire pour vous informer de mes intentions.

Que Notre-Seigneur soit toujours avec vous! Amen. ;

De Manapare, le 19 août ISlik.

En ce moment même je reçois une lettre de Guarim, par laquelle, mon très-cher frère , il me fait connaître que les chrétiens se sont enfuis dans les bois, après avoir été dépouillés de tout par les Badages, qui ont blessé l'un d'entre eux, ainsi qu'un payen. Nous sommes inondés de -mauvaises nouvelles. Loué soit à jamais Dieu Notre-Seigneur \

Votre frère très-affectionné en J.-G.

LETTRE XXn.

A Franeols de Mandas.

Mon trè^her frère,

Que Dieu soit toujours avec vous ! Amen.

D'après cette parole du Seigneur : Ceèki qui n'est pas avec moi est contre moi (1) , VOUS pouvez comprendre à quel point noua sommes ici dépourvus d'amis, qui nous aident à convertir cette natS» à J.-C. Cependant on ne doit point perdre courage, car Mèn doit à lëfin rendre à chacun selon ses œuvres, et U lui seraf^cile, lorsqu'il le voudra, d'accomplir par le ministère d'un petit nouibre, ce qui semblait demander lè^Boncours d'un plus grand. Je vous le dis

(1) Math., xii, 30.

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