‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 183 sur 759 · IM · texte numérisé non relu

IM

tière sécurité, et pleinement délivrées de l'appréhension des Badages, vous m'expédierez un courrier pour m'en avertir, afin que sans différer je vous adresse François Coelho, avec une somme d'argent, des lettres pour qui ce sera nécessaire, et des instructions écrites pour vous informer des desseins que j'ai formés sur votre mission, et vous apprendre selon quelle forme et dans quelle mesure vous devez agir.

Je vous recommande instamment notre frère Jean d'Artiaga ; écrivez-moi de quelles choses il manque, afin que j'y pourvoie, ainsi qu'il est nécessaire. Ici je me vois pour ainsi dire seul; Antoine est demeuré malade à Manapare, et, ce qui m'est un surcroît d'embarras, je vis au milieu d'un peuple dont la langue m'est inconnue, et j'y suis dépourvu d'interprète; j'ai seulement, pour m'en faire l'office, Rodriguez qui est à cette heure avec moi, et avant lui j'avais Antoine; vous n'ignorez pas, par votre expérience, combien peu tous les deux possèdent notre propre langue, et par là vous pouvez vous imaginer la manière dont ma vie se passe, et les enseignements que je puis donner au peuple assemblé, [quand les personnes chargées de rendre mes paroles, sont à peine comprises de moi, et ne m'entendent pas bien elles-mêmes. Je me vois obligé de me contenter de l'éloquence des signes . Je ne manque cependant pas d'occupations; en effet, pour baptiser les nouveau-nés ou les jeunes enfants, que leurs parents me présentent pour être régénérés , je n'ai point besoin d'interprète ; ceux que je vois nus, ou de qui le visage paraît altéré par la faim, ceux-là me découvrent assez leurs besoins, par leur seule présence et leur apparence même. Ces deux sortes d'œuvres, si éminemment utiles, me procurent une continuelle occupation, |de sorte que je n'ai point à regretter le temps que j'y consacre. Les Badages, qui infestaient cette côte, sont tous partis pour Gabecate, nous laissant libres et sans crainte pour le présent ; ceux qui se sont répandus dans les îles y exercent encore d'af-

mmum^tm

mmmmmmmfiKmm.

LtVRE II. —LETTRE VINGT-QUATRIÈME.

freux ravages ; leiirs rapines et leurs violences ne cesseront que lorsque l'autorité du roi de Travancore aura fait conclure avec eux quelque paix ou quelque trêve, et je vous ai dit qu'on s'employait pour y parvenir.

Que Notre-Seigneur soit toujours avec vous! Amen.

De Punicale, le 21 août 1544.

Cette nuit je mets à la voile pour Tala, afin d'aller secourir les indigents qui s'y trouvent en grand nombre, ainsi que je viens de l'apprendre, et qui sont en proie à la détresse la plus excessive. ^

Votre frère très-affectionné en J.-G.

François.

LETTRE XXIV

A François de Mancias.

Mon très-cher frère en J.-C,

Le prince qui réside à Tala, et qui est parent du roi de Travancore, nous est si favorable, qu'aussitôt qu'il a connu les violences commises par les Badages envers les chrétiens de ces contrées, il a envoyé, sur le moment même, un de ses principaux serviteurs en son nom, avec une lettre pour les Adigares, leur enjoignant de permettre la libre exportation, du continent dans les îles, des vivres et des autres provisions nécessaires à l'existence, et d'assister nos chrétiens exilés en leur rendant les bons offices qui leur seraient nécessaires. Il a chargé cet officier de se faire indiquer par les chrétiens les noms des Adigares, et de les rapporter par écrit, afin de me les communiquer, et s'il a l'occasion plus tard de visiter le roi, il lui fera connaître ceux de ses sujets qui, dans la dignité d' Adigares, ont abusé de leur autorité pour persécuter les chrétiens; et il espère que le souverain, conseillé par son amitié pour nous, voudra bien y mettre ordre pour l'avenir. "-

Page 1