XL IV
VIE DE SAINT FRANÇOIS- XAVIER
mariages, et veillait à ce que ces unions fussent célébrées saintement.
A peine il donnait au sommeil deux ou trois heures par nuit ; le reste appartenait à la contemplation et à la prière : c'est alors qu'il traitait avec son bon Maître l'affaire du salut des âmes, avant d'y travailler durant le jour par l'exemple et par l'enseignement.
Sa sobriété tenait du prodige : souvent il passait deux jours tout entiers avec un morceau de pain et un verre d'eau ; rarement il y ajoutait un peu de riz, de poisson, ou de lait aigre. Ses jeûnes étaient continuels ; mais la vertu de Dieu le soutenait dans cette merveilleuse austérité.
Tout entier à la prédication et à l'administration du baptême, il confiait quelquefois à ses fidèles enfants {Lettres, I, p. 82) son crucifix, son reliquaire ou son chapelet, et les envoyait auprès des malades; et ces enfants, après avoir prononcé devant les voisins assemblés le Symbole, les Commandemenls et les principales vérités, demandaient aux malades qui voulaient être guéris s'ils croyaient en Jésus-Christ et s'ils désiraient le baptême. Si ces personnes confessaient la Foi, les jeunes ministres du Saint leur appliquaient l'objet précieux qu'ils avaient apporté , et la guérison s'accomplissait.
Les âmes de plus de mille enfants nouveau-nés allèrent au Ciel aussitôt après leur baptême {Lettres, I, p. 92), et Xavier les invoquait souvent comme les intercesseurs tout-puissants et comme l€s patrons des peuplades qu'il visitait.
Les brames {Lettres, I, p. 85) dont le caractère religieux en imposait à ces peuples, malgré leur faible science et leur vie corrompue, désirèrent souvent conférer avec le Père ; ils approuvaient au fond sa doctrine, et sans l'intérêt temporel qui les dominait, un grand nombre d'entre eux se seraient convertis. Un de leurs solitaires, grandement réputé pour sa science dans les mystères secrets de sa religion, fit un jour connaître à Xavier ces secrets religieux : l'unité d'un Dieu créateur, et qui seul devait être adoré ; la sainteté du jour consacré à Dieu ; certaines prédictions anciennes sur la cessation future de toutes les fausses doctrines; enfin, d'autres vérités naturelles ou révélées, apparemment transmises à ces brahmes par une communication ancienne avec les adorateurs du