‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 20 sur 759 · CHAPITRE DEUXIÈME {i5U2-l5llU). XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME {i5U2-l5llU). XLV

vrai Dieu. En leur présence, le P. François opéra un miracle, en lavant les plaies d'un lépreux, qui se trouva subitement guéri. Mais rien ne put vaincre ces docteurs obstinés, et de tous les brahmes , un seul eut le bonheur de devenir chrétien.

Au milieu de ses travaux infinis, le Père se sentait inondé de consolations divines; et, parlant de lui-même comme d'une autre personne à son P. Ignace, « Il m'arrive, dit-il, d'entendre un homme s'écrier : Seigneur, diminuez l'étendue de vos consolations en cette vie, ou si vous me les continuez, retirez-moi dans votre sein, afin que je jouisse de votre gloire, car c'est un supplice trop douloureux que de vivre éloigné de votre présence. «

Le concours et la ferveur des néophytes étaient si prodigieux que le Saint écrivait lui-même à son P. Ignace que souvent les mains lui tombaient par la fatigue de conférer le baptême, et que la voix lui manquait en récitant le Symbole et les Commandements divins {Lettres,!, p. 81).

Le saint Père, ayant vu se multiplier d'une façon merveilleuse ses chrétiens de la Pêcherie (1), résolut à la fin de l'année (15/13) de retourner à Goa pour chercher des coopérateurs et pour conduire plusieurs jeunes Indiens dans le séminaire de Saint-Paul, afin qu'ayant étudié les sciences divines et humaines , ils se consacrassent à leur tour à l'instruction de leurs frères.

Xavier s'empressa de confier ses jeunes disciples aux soins de Diogo de Borba, et lui laissant pour le seconder Paul de Camerino, il revint avec deux prêtres indigènes, François Coelho et Joam de Lizana, un prêtre portugais, Joam d'Artiaga, le F. François de Mancias et plusieurs coadjuteurs laïques. Après avoir distribué ses auxihaires dans les divers parages du littoral, il pénétra luimême dans l'intérieur de la contrée ; mais il fut obligé bientôt de revenir auprès de ses Pallawares. Les Badages, peuple de voleurs,

(1) Parmi les membres de la Compagnie qui travaillèrent au capComorin, YÂgiologio lusitano cite le F. Louis Mendez, coadjuteur spirituel de la Compagnie, qui passa aux Indes en 1544, et qui fut chargé par saint François-Xavier d'exercer son ministère au Comorin|: il mourut martyr en 1562, par les mains des Badages, qui, le surprenant pendant son oraison, le tuèrent à coups de lance et lui tranchèrent la tête. ^s ,,

La lettre XXXII, du n* livre, nonmie un François Mendez; peut-être estce le même que ce martyr.

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

qui venaient de ravager l'État de Pandi, avaient fait irruption dans les chrétientés nouvelles, dont les malheureux habitants s'étaient réfugiés dans les îles. Là, brûlés des feux du soleil, el dénués de provisions, ils périssaient chaque jour en grand nombre par la faim et les maladies. Par les soins du bon Père vingt barques portugaises chargées de provisions vinrent secourir les infortunés néophytes, et, le danger passé, les ramenèrent dans leur pays. La vue seule du Père avait déjà consolé ces pauvres gens : après les avoir reconduits chez eux, il leur procura d'abondantes aumônes, pour remédier à la perte de leur avoir, et leur laissant les missionnaires qu'il leur avait choisis, il entreprit d'aller annoncer la Foi dans un royaume voisin. •

C'était l'État de Travancore, où bientôt quarante-cinq éghses s'élevèrent. Xavier prêchait dans la campagne, car nul édifice ne pouvait contenir ses auditeurs, souvent réunis au nombre de cinq ou six mille. Il y célébrait aussi les saints mystères, abrité par une voile de navire tendue au-dessus de l'autel. Mais les merveilleux fruits de sa prédication furent consommés par une victoire toute pacifique qu'il remporta sur ces mêmes Badages qui avaient désolé la Pêcherie. Ceux-ci avaient envahi le Travancore, et le roi de ce dernier État s'avançait avec ses troupes au-devant de l'ennemi. Xavier voulut l'accompagner. En présence des Badages, il s'avança seul, le crucifix à la main, et leur commanda au nom de Dieu de ne point aller plus avant, et de se retirer dans leur pays. Ces paroles suffirent pour arrêter les barbares , qui se dispersèrent et sortirent de la contrée. Le roi de Travancore, pénétré de reconnaissance, ordonna par un édit d'obéir au Père comme h lui-même. Dans sa famille, dans sa cour, et dans son royaume entier, un nombre infini de personnes embrassèrent la rehgion chrétienne ; mais le souverain lui-même n'eut pas le même bonheur, étant retenu par l'orgueil et par les passions des sens.

A Travancore, le Saint ressuscita quatre morts, et guérit une grande quantité de malades. L'tine des deux résurrections fut un signe qu'il demanda à Dieu, afin de confirmer la vérité de la rehgion. Après une prédication, ayant vu tous ses efforts demeurés sans succès, il leva les yeux et les mains au ciel : « Mon Dieu, s'écria-t-il, quel témoignage puis-je donner à ces infidèles de votre sainte vérité? Glorifiez le sang et le nom de votre Fils

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