LIVRE IL — LETTRE VINGT-SIXIÈME
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Trinchandour. Hâtez-vous, ne perciez pas un moment, et emmenez avec yous toutes les petites barques appelées tones, que vous trouverez à Punicale ; en même temps, avertissez les habitants de Coïmbatour qu'ils ont à vous suivre avec toutes leurs tones. Craignez surtout, ce qui serait le désir secret de Beterbemale, ce chef des féroces Badages, et de ses cavaliers avides de pUlage, de laisser mourir de faim et de soif, par l'effet de votre retard à les secourir, les tristes débris d'un peuple que la violence et les menaces des brigands ont fait s'exiler des lieux de leur naissance. Admirable en effet a été la vigilance du gouverneur! Il paraissait naturel qu'il protégeât les chrétiens confiés à sa sollicitude et à sa sagesse ; tandis qu'il semble avoir favorisé, Beterbemale et ses cavaliers altérés de carnage, qui l'accompagnent dans ses courses, et qui sèment en tous lieux le meurtre et l'incendie. J'écris aux Patangats de Punicale et de Coïmbatour, et je leur recommande de faire diligence avec toutes les tones qu'Us auront à leur disposition, pour aUer sous votre conduite au secours des chrétiens de Tutucurin, qui expirent de faim et de soif sur ces îles arides, et dépourvues de tout ce qui est nécessaire à l'existence, afin de les transporter ailleurs. Vous devez entendre ainsi l'ordre que je vous ai donné d'aller en ces îles : vous l'accomplirez seulement, si vous considérez que votre départ est nécessaire au succès de l'œuvre. Mais, après que vous aurez remis ma lettre aux Patangats, si vous leur voyez assez de zèle, et s'ils embrassent l'entreprise avec ardeur, de manière à vous inspirer la confiance que d'eux-mêmes ils feront le nécessaire, vous ferez sagement de demeurer où vous êtes , et où je n'ignore pas toute l'utilité de votre présence et de vos soins. Vous devez donc apprécier au poids de la charité, et considérer selon leur juste valeur, d'une part la détresse extrême des Tutucurins, de l'autre les intérêts des personnes parmi lesquelles vous vivez, afin de faire pencher la balance du côté le plus essentiel ; que si votre zèle et
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