LIVRE II. — LETTRÉ TRENTIÈME
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part, de ce qu'il vous a conduit dans une contrée, où, quand même vous seriez tenté de rester inactif, la multitude de vos occupations spirituelles ne vous en laisserait pas le loisir; ce qui doit être mis au rang des plus signalés bienfaits de Dieu. Imaginez-vous être en purgatoire, et y satisfaire pour vos péchés, et vous estimerez que c'est pour vous un grand privilège , que Dieu daigne ainsi compenser les peines et les feux da purgatoire, par les épreuves de cette vie. Si quelquefois la malice des hommes rendait votre douceur sans effet, vous pourrez faire usage d'une certaine sévérité ; car c'est encore une œuvre de miséricorde que de corriger les pécheurs, et c'est réellement un péché grave, que de ne point les châtier, surtout si l'impunité devient un scandale pour autrui. Cependant, je ne pense point que dans ces moments critiques, ni dans aucun autre, vous deviez abandonner les pécheurs à leur sort. C'est même alors que vous devez faire prier davantage par les enfants que vous dirigez, afin que Dieu nous protège et nous assiste toujours; car, dans ces contrées, nous n'avons d'autre protection que la protection divine. Et si nous devons avoir foi dans la vérité « Celui « (jiii n'est point avec moi est contre moi (2) , » nous reconnaîtrons combien nous sommes dépourvus de tout secours humain, ayant avec nous si peu de coopérateurs^;pour nous aider à convertir ces peuples à la foi de J.-C. Toutefois, nos esprits ne doivent point s'en abattre : Dieu récompensera chacun selon ses mérites; il peut, avec un faible nombre, comme avec un nombre considérable, opérer les plus grandes merveilles. Et je plains davantage le malheur de ceux qui sont séparés de Dieu, que je n'appelle sur eux le châtiment divin. Dieu lui-même, à la fin, châtiera ses ennemis d'une manière terrible : on en voit assez d'exemples dans ceux qui éprouvent, au sein des enfers, la peine et ies supplices de l'éternelle mort.
(1) Matt., XII, 30.