LIVRE III. -—LETTRE PREMIÈRE
chrétiens, et, enfin, par égard pour moi-même qu'elle daigne regarder favorablement , je la supplie de nous renvoyer dom Miguel Vaz, en qualité de coadjuteur ; et dans cette prière, je n'ai en vue que le service de Dieu, l'accroissement de noire sainte religion , et les intérêts de la conscience de votfe majesté. Dieu Notre-Seigneur m'est témoin de la vérité de mes paroles. Je sais tout le regret qu'on éprouve ici de l'absence de dom Miguel Vaz, et combien il y est nécessaire. J'accomplis donc un devoir, et je décharge ma conscience, en déclarant sôlen-' nellement à votre majesté, qu'il est essentiel, si elle désire l'extension et la dilatation de notre sainte foi dans les Indes , si elle désire que les nouveaux enfants de l'Église rie soient pas arrachés violemment de son sein, et ne retombent pas dans leurs superstitions anciennes, par l'effet des injustices et des persécutions inouïes auxquelles ils sont en butte, principalement de la part de vos officiers , il est essentiel de renvoyer ici dom Miguel Vaz, dont le caractère énergique et persévérant peut seul résister avec succès aux entreprises des persécuteurs.
L'évêque (1) est un prélat d'une vertu consommée, mais si grande qu'elle soit, votre majesté n'ignore pas que son âge avancé et ses nombreuses infirmités ne lui laissent plus les forces physiques nécessaires pour les travaux immenses qu'exige le devoir de sa charge : il n'y a plus que les forces dé l'esprit qu'il ait conservées avec plénitude , et elles deviennent tous les jours plus admirables ; Dieu le comble de ses grâces, en compensant l'alTaiblissement de sa personne par un accroissement de forces spirituelles ; c'est la récompense que Notre-Seigneur accorde à ses fidèles, après une longue vie employée à son service, après
(1) Dom Joam d'Albuquerque, franciscain, confesseur du roi Jean III, J^ qui nous avons déjà fait mention , était le premier évêque effectif de Goa, le premier titulaire étant mort avant d'avoir pris possession. 11 vint occuper son siège en 1638 : après quinze ans d'une administration aussi sainte que laborieuse, il y mourut en 1553.