‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 212 sur 759 · LIVRE III. — LETTRE PREMIERE · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LETTRE PREMIERE

en effet, sire, de quel poids serait en votre laveur cette excuse que vous alléguerez peut-être : <( En vérité, j'écrivais tous les ans à mes ministres, et je leur recommandais avec zèle les intérêts de votre divine religion. » Sur l'heure il vous serait répondu : « Et vous laissiez impunis les transgxesseurs audacieux de vos commandements solennels : tandis que les ministres infidèles de vos intérêts terrestres étaient châtiés selon leurs offenses. »

Souvenez-vous sire, de votre zèle ardent pour là gloire divine, de votre conscience que j'ai toujours comme si délicate à s'acquitter de tous les devoirs de la dignité suprême, en vue de Dieu seul : je vous en adjure dans l'intérêt du salut de votre âme. Envoyez dans les Indes un vice-roi, revêtu de l'autorité nécessaire , pour qu'il puisse pourvoir au salut d'un nombre infini d'âmes, qui sont en péril à cette heure : et que son autorité soit indépendante de celle des trésoriers de la couronne , afin qu'on voie disparaître dans l'avenir ces misères et ces scandales qui ont jusqu'à ce jour si profondément affligé la religion chrétienne.

Votre majesté doit aussi compter avec elJe-même, et se représenter la somme immense de richesses temporelles qu'elle a reçues de la munificence divine, dans ces contrées des Indes; qu'elle en déduise les dépenses qu'elle a faites pour le service de Dieu et le bien de la rehgion ; que cet examen consciencieux la conduise à im partage plus généreux, et à donner à Dieu et aux intérêts éternels tout ce que réclament et la justice et les sentiments de votre âme religieuse et véritablement royale : craignez que le créateui' de tous biens n'estime votre offrande inférieure à vos devoirs de reconnaissance, après tous les dons que sa munificence vous a prodigués. Que votre majesté n'hésite pas, et qu'elle ne diffère pas d'un seul jour; quel que soit votre empressement, toujours il sera tardif.

C'est la charité qui me presse d'écrire à votre majesté, cette charité profonde et ardente que je porte pour elle an

Page 1