LIVRE m. — LETTRE DEUXIÈME
des villes et des villages , d'être en état de baptiser les nouveau-nés. Plusieurs de ces pauvres créatures meurent sans le baptême, parce que nous ne pouvons être à la fois présents en tant de lieux si divisés par l'espace. Ainsi tous les sujets qui ne seront point de nature à pouvoir servir la Compagnie en Europe , et que vous reconnaîtrez capables de parcourir nos contrées pour baptiser les nouveau-nés , et enseigner le catéchisme aux ignorants , envoyez-nous-les , car ils trouveront parmi nous un utile emploi de leur vertu. Je désire qu'ils soient doués d'une grande force de tempérament, et endurcis à la fatigue : ces contrées éprouvent infiniment le corps , à cause des chaleurs excessives, de la disette d'eaux saines, et aussi de la nourriture peu substantielle. On vit ici de riz, de poisson et de lait , et c'est là tout ; point de pain , ni des autres aliments que vous avez en abondance. Je désire donc que ce soient des jeunes gens, ou des hommes d'une maturité verte encore , et non affaiblie par les ^années, afin qu'ils puissent porter la fatigue des courSes continuelles, pour les baptêmes et les catéchismes ; surtout quand on considère qu'il ne s'agit point seulement de baptiser les nouveaunés , mais d'aller disputer les chrétiens à la fureur aveugle des païens. Quelquefois même, par un singulier bienfait de Dieu , l'on doit dans ce devoir , et sous peine de manquer à la charité , mettre en néril sa propre vie. Mais ces confrères se souviendront que nous sommes nés pour mourir, et que, pour un chrétien, rien n'est plus désirable que de souffrir la mort pour Jésus-Christ. Ils devront donc être à| la fois doués d'un caractère énergique et affermis parla vertu d'en haut. Et comme je sens imparfaites en moi cette énergie et cette vertu, au moment où je pars pour des régions où le secours céleste est si nécessaire, je vous prie , au nom de Dieu et de sa sainte religion , de vous souvenir de moi dans vos Saints-Sacrifices , et de daigner me procurer aussi le secours des prières de toute la Compagnie. Je suis convaincu que déjà vos prières et celles de