LIVRE JII.— LETTRE TROISIÈME
heureux de sa présence et de ses entretiens; car en voyant la paix et la sérénité d'âme qui rayonnent en lui, et l'ardeur insigne qu'il fait paraître pour la gloire divine, je suis assuré que vous concevrez une haute idée et une juste estime de ses vertus et de ses mérites; vous pourrez croire entièrement à toutes ses paroles, et sans doute il vous entretiendra longuement et complètement de l'état de nos affaires dans les Indes. J'écris au roi pour lui parler de Miguel Vaz, et je lui conseille, autant qu'il m'est permis de le faire, pour la décharge de ma conscience et de celle de sa majesté, de le renvoyer prochainement aux Indes. Il y est infiniment nécessaire ; c'est lui qui défend les agneaux de Jésus-Christ contre la violence et les artifices des loups dévorants. Miguel Vaz est un homme vaillant et intrépide ; rien ne saurait l'empêcher d'élever sa parole vigilante contre les persécuteurs et les spoliateurs des nouveaux convertis à la religion de Jésus-Christ. Si le roi se proposait d'envoyer ici quelque autre personne en sa place , qui pourrait-il trouver, sans parler des talents de Miguel Vaz, qui possédât, au même degré que lui, l'expérience des affaires des Indes , auxquelles , pendant douze ans, il n'a pas seulement pris part, mais qu'il a dirigées? Qui trouverait-il, qui fût aussi aimé des gens de bien, aussi redouté des méchants? Soyez bien convaincu que, si le roi porte ses vues sur un autre, quels que soient l'attention et le zèle que S. M. saura mettre à ce choix, elle s'expose à manquer le but qu'elle se propose d'atteindre. Agissez donc, je vous prie, et faites en sorte, par de sérieuses démarchés auprès de sa majesté, qu'elle renvoie vers nous Migud Vaz. ^î '
Adieu. De Cochin , le 22 janvier 1545.
Votre véritable et très-affectionné frère en Jésus-Christ.
i, ' François.