LIVRE III. —LETTRE QUATRIÈME
A la Compagnie à Rome.
Que la grâce, etc.
Dieu sait, mes frères, combien j'éprouverais plus de joie de vous voir, que de vous écrire cette lettre et de la livrer au hasard des distances. Mais si cette séparation des personnes le plus tendrement unies est devenue presque immense par la permission divine, cette séparation n'a point délié les nœuds de l'afifection qui nous unit tous. Il est vrai, nous ne vivons plus dans une intimité de toutes les heures , mais nous pouvons nous voir à toutes les heures par la vue de l'esprit : telle est la vertu de la véritable et sainte amitié, que les amis absents sont encore présents les uns aux autres, qu'ils se contemplent pour ainsi dire toujours, et demeurent à jamais dans la même union. Le souvenir continuel que je garde de vous tous, mes frères , est plus encore un bienfait dont je vous suis redevable, que l'effet unique démon amitié pour vous. Vos prières, et les saints sacrifices que vous ne cessez d'offrir pour une personne aussi indigne, échauffent et conservent en moi ce tendre souvenir. C'est vous , mes frères bien-aimés , qui avez profondément gravé vos images au fond de mon cœur; et si les sentiments que je vous conserve sont aussi ardents , les vôtres à mon égard le sont bien davantage. Je prie Dieu de vous en rendre une juste récompense : car je ne saurais reconnaître vos bontés qu'en me déclarant impuissant à m'acquitter envers vous; en effet, n'ai-je pas des obligations infinies envers tous les membres de la Compagnie !
Vous désirez vivement apprendre quelques nouvelles touchant l'état de la religion dans les Indes. Je vous ap-
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