LIVRE m. —LETTRE QUATRIÈME
prendrai que dans ce royaume de Travancore (1), où je réside en ce moment, Dieu a attiré de nombreux infidèles à la foi de son Fils Jésus-Christ. Dans l'espace d'un mois , j'ai fait des chrétiens de plus de dix niille d'entre eux; et voici la méthode qui m'a servi. A peine arrivé dans les villages païens, où l'on m'appelait pour conférer le baptême, je faisais réunir en un même lieu les hommes, les femmes et les enfants. Entrant en matière par les premiers éléments de la foi chrétienne, je leur annonçais un seul Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint; et invoquant en même temps les trois Personnes divines et un Dieu unique, je faisais faire à chacun, trois fois, le signe de la croix; ensuite, revêtu du surpHs, je commençais à haute voix, en leur nom, à lire la formule de la Confession générale , le symbole des Apôtres, les dix Commandements, l'Oraison Dominicale, la Salutation angélique et le Salve Regina; — j'ai depuis deux ans traduit toutes ces prières en la langue du pays , et je les ai apprises de mémoire ; — j'avais soin de les faire répéter par tout le monde, sans distinction de rang ni d'âge. Je venais ensuite à l'explication des articles du symbole et des préceptes du Décalogue, dans la langue du pays. Lorsque les personnes me paraissaient suffisamment instruites pour le baptême, je recommandais à tous de demander à Dieu publiquement le pardon de leur vie passée, et de le faire à haute voix, et en la présence des ennemis de la religion chrétienne , afin de toucher le cœur des infidèles et d'affermir les croyants. Tous les païens sont pleins d'admiration pour la sainteté de la loi divine, et expriment leur profonde honte d'avoir si longtemps vécu dans l'ignorance du vrai Dieu. Ils entendent volontiers discourir sur les mystères et sur les pratiques de la religion chrétienne, et me témoignent de grands respects, à moi, misérable
(I) Travancore, province à l'extrémité S. 0. de la presqu'île de l'Inde, entre les 8^ et 10* degrés de lat. N. Elle renferme, encore de nos jours, une chrétienté nombreuse, issue des populations converties par saint François Xavier.