‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 227 sur 759 · LIVRE m. — LETTRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE m. — LETTRE QUATRIÈME

pour les régénérer par le baptême. Par ses soins, un grand nombre étaient déjà baptisés, quand le roi de Jafanapatam(l), suzerain de cette lie, lit mettre à mort, de la manière la plus cruelle, ime infinité de néophytes, par ce seul motif qu'ils s'étaient faits chrétiens. Rendons grâce au Seigneur Jésus, de ce que, même en notre temps, il permet qu'il y ait des martyrs, et de ce qu'à la Yue du petit nombre d'âmes qui se servent, pour leur salut, de la miséricorde et delà bonté divines, il permet, dans le mystère de sa Providence, que la barbarie humaine remplisse ainsi les rangs, et complète le nombre des bienheureux.

Je vous ai écrit déjà combien le gouverneur des Indes est disposé favorablement à mon égard, et à l'égard de toute la Compagnie. Il a été si sensible au carnage odieux des néophytes, et en a conçu tant d'horreur, qu'à peine lui en ai-je dit quelques paroles, qu'il a fait armer une flotte considérable, pour exterminer le tyran; j'ai dû moi-même contenir la vivacité de sa juste colère. Ce roi , bourreau des chrétiens, a pour héritier direct et légitime de sa couronne un frère que la frayeur de ses cruautés a porté à s'exiler. Ce prince a promis de se rendre chrétien, avec les principaux de son royaume, s'il est mis eh possession de ses États par les troupes du gouverneur. Le gouverneur a donné l'ordre à ses capitaines de mettre sur le trône le jeune prince, s'il embrasse la religion chrétienne , et de faire mettre à mort le roi persécuteur des néophytes , ou de le traiter au gré de ma volonté. Je ne désespère pas que la miséricorde de Dieu,' et les prières des néophytes qu'il a]|rendus martyrs, ne l'amènent à reconnaître son crime, et que, par une salutaire pénitence, il n'obtienne de Dieu le pardon de sa barbarie sanguinaire.

L'île de Ceylan , où je me suis récemment rendu dans la

(1) Jafanapatam, ville et forteresse de Ceylan , par 9» 44' de lat. N. Son souverain, rendu tributaire par D. M. Alph. de Souzavfut obligé parle viceroi D. Constantin deBragance, en 1560, à «éder l'île de Manar aux Portugais.

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