‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 23 sur 759 · CHAPITRE fllQISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE fllQISIÈME

dant pour leurs enfants et les offrant aux bourreaux. Le village de Passim, sanctifié par cet holocauste, porta depuis le nom de teire des martyrs {i). * ' ' ' . -

Le tyran de Jafanapatam n'avait point étouffé,' dans ce massacre, les semences de la religion chrétienne. La divine parole se propagea plus encore dans ses États , et son propre fils, instruit par un marchand portugais, se déclara chrétien. Le roi le fit égorger {Lettres, I, 176), et commanda que son corps fût jeté dans les champs, pour y servir de pâture aux animaux sauvages. Mais alors d'éclatants miracles rendirent témoignage à la vérité de la reUgion et à la sainteté du martyr. Le marchand portugais ayant enlevé le corps et l'ayant déposé dans la terre, on vit le lendemain , sur la sépulture , la forme d'une croix imprimée dans le sol. En vain les infidèles essayèrent de la recouvrir : elle reparut toujours, comme un signe divin, et une croix de lumière apparut en même temps dans le ciel. Ces prodiges furent l'occasion de conversions sans nombre. Un autre fils du roi, plusieurs membres de la famille royale se déclarèrent chrétiens , ainsi qu'un grand nombre de personnes du peuple. Le jeune prince et l'un de ses cousins vinrent demander au gouverneur des Indes un asile et sa protection , et bientôt le frère du roi, qui s'était vu dépouillv. par lui de la couronne à laquelle il avait droit, se rendit également auprès de Souza. ' " ï

Souza fit accueiUir les deux jeunes princes au collège de Saint- Paul [Appendice, rs.. i""^ lettre du roi Jean III), et demanda les ordres de son souverain poUr les mesures à prendre conti'e le roi de Jafanapatam.

Le P. Xavier, laissant à Mancias le soin de veiller sur la chrétienté de Travancore, se mit en devoir d'aller trouver, à Cambaïe, le gouverneur des Indes (iem-e^j I, 134).

Tandis que les gentils entraient dans l'ÉgUse avec plénitude, les dérèglements et les iniquités des Portugais, les abus de pouvoir de la part des officiers royaux, et tous les excès de l'idolâtrie et de l'infidélité [Appetidice, x. 1" lettre de Jean III), pénétraient le cœur de Xavier d'une douloureuse amertume ; car il

(1) Nous donnons dans l'Appendice, n» m, une lettre du P. Lefevre, qui fait connaître l'impression produite en Europe par ce glorieux martyre.

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L VIE Dp SALNT FRANÇQIS-XAVIER.

voyait le nom du Seigneur blasphémé des Indiens, à Goa et dans toutes les possessions portugaises, à cause des scandales qu'y donnaient les Portugais eux-mêmes. Il désirait en entretenir Souza et obtenir de ce seigneur des actes efficaces. Le 16 décembre I5kk, le Père était à Cochin ; il y rencontra le vicaire général D. Miguel Vaz {Lettres,!, 151, note), et détermina ce vertueux ecclésiastique à passer en Portugal, afin de porter aux pieds du roi les doléances de l'Eglise des Indes et de pieux avertissements sur les nécessités de la religion, et de solliciter, en faveur des chrétiens, les secours et les consolations qui leur étaient nécessaires. Vaz partit en effet au mois de janvier 1 545 ; d emporta des lettres du Saii^t pour le roi Jean lU [Lettres, I, 233), pour le P. Ignace, pour le P. Rodriguez et pour les membres de la Conipagnie à Rome (Z,e«re,s, I, Ihk, 247,251). Ces adroirables lettres, que notre analyse serait impuissante à résumer et auxquelles nous renvoyons le lecteur, sont des rnodèles de chariié , de zèle et de liberté chrétienne. Vaz sut accomplir la mission qu'd avait acceptée, Jean III lui-môme se montra digne de ces hommes de Dieu, de notre Saint et du vertueux prêtre qui le soUicitaient d'accomphr ses devoirs de roi, et il désigna, pour gouverner les Indes en la place de Souza, personnage aumié d'excellentes intentions, mais sans vigueur dans son administration, l'héroïque U. Joam de Casti o. Ce seigneur fut muni d'iustruaions étendues, que nous donnons dans notre Appendice (n° x. 1).

Jean III écrivit aussi au P. Pierre Lefèvre, alors visiteiu" général de la Compagnie, pour lui demauder un grand nombre d'ouvriers apostoliques. Nous donnons dans ï Appendice (m. 2) à défaut de la réponse de Lefèvre au roi de Portugal, la lettre que ce Père écrivit sur le même sujet au P. Simon ilodiiguez;

Vaz revint dans les Indes au mois de mars 1546, eu la compagnie de D. Joam de Castro. La lettre du roi fut lue au conseil des Indes; mais elle ne fut qu'imparfaitement obéie à l'égaid de Ceylan, non point que le nouveau gouverneur manquât d'énergie ni de zèle, mais des résistances intéressées s'opposèrent à la punition du tyran. Il arriva que les deux princes de Geylau momurent dans un seul mois ; et en môme temps la guerre de Gambaïe détourna sur une autre contrée les efforts guerriers de Castro ; mais la Providence eut son heure, ainsi que nous le dirons. Vaz reprit auprès de l'Évêcjue de Goa les fonctions de coadjuteur, et seconda, jusqu'à sa propre mort, le vénérable prélat.

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