‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 24 sur 759 · CHAPITRE TROISIÈME (lÔ/iS). U · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME (lÔ/iS). U

Le 20 décembre 1544, le Père s'embarqua pour se rendre de Cochin à Cambaïe. Onracouteque, dans ce passage, U convertit un homme d'un rang élevé et revêtu d'une charge considérable; mais que son inipiété et le scandale de son existence avaient rendu comme un objet d'horreur pour les païens eux-mêmes. Xavier, se conformant aux exemples du Maître céleste, qui faisait ses amis des publicains et des pécheurs , afin de les convertir, rechercha d'abord la familiarité de cet homme, et entreprit de lui faire entendre des paroles de Dieu et de l'éternité ; mais il avait affaire à un esprit rebelle, et souvent il ne recueillait que des injures et des procédés humiUants. Parlait-il à ce grand coupable de se convertir et de confesser ses péchés : « Ni à présent ni jamais, » était la réponse du pécheur, accompagnée de blasphèmes, et les remèdes méprisés lui devenaient des poisons. Ce malade spirituel semblait désespéré ; mais rien n'est désespéré pour l'amour et pour la souffrance. Le navirç s'étant arrêté à Cananor, les deux amis descendirent ensemble, et Xavier, ayant conduit son compagnon parmi les palmiers du rivage, se prosterna devant lui , et en sa présence s'infligea la plus cruelle discipUne, inondant la terre de son sang, et versant d'abondantes larmes et de saints gémissements, pour demander à Dieu la conversion finale de ce ccem* insensible, de ce pécheur sans repentauce. « Jç le fais pour vous, lui dit- il, et il n'est rien que je ne fisse « poui' la pénitence de vos péchés. Combien avez^-vous coûté davan- « tage au bon Jésus! Seigneur, jetez les yeux sur votre précieux « sang et non sm' le mien, qui est le sang d'un pécheur. Donnez « votre lumière à cette âme, afin qu'elle se reconnaisse; teûdez- « lui votre ^nain, afin qu'elle ne périsse point! » Le compagnon du Saint, troublé d'abord à cette vue si nouvelle, ému dîC ces ardentes paroles, se sentit converti sur le moment même» et se prosternant à son tour : « Je veux vous venger, mou Père, s'écria-t-il; et c'est « justice que je fasse pénitence. Vous avez vaincu ; déposez cette « discipline. Vous m'avez en votre puissance, confessez-moi,, châ- « tiez-moi, imniolez-moi. » Xavier, à ce prodige, l'wï de ceux qui font les délices des anges, serra tendrement son pénitent dms ses bras, et avant de regagner le rivage, il le confessa et le réconcilia avec Dieu.

Xavier, ayant heureusement achevé son voyage jusqu'à Cambaïe, trouva le gouverneur dans les dispositions les plus favorables, et ce

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VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

seigneur donna des ordres immédiats à ses capitaines pour qu'une expédition fût dirigée sans délai contre Jafanapatam. Pendant l'armement de la flotte et les autres préparatifs de la guerre, Xavier revint à Cochin, en passant par Cananor. Aroccasion de deux prédictions que le Saint eut alors l'occasion de faire, le P. Lucena fait une réflexion très-profonde et très-édifiante : « Dieu, dit l'histo^ rien, ne découvrait pas à son serviteur les résultats de ses œuvres et de ses courses apostoliques , afin de ne point laisser son zèle se ralentir ; mais il lui révélait des faits étranges , afin de lui donner et de donner au monde des gages divins de la grâce. Ainsi Xavier découvrit à son hôte de Cananor la conversion et la sainte mort de son fils, alors pécheur scandaleux, et qui, devenu franciscain, mourut martyr (1) dans l'île de Ceylan. Il prédit également, à son ami Côme Anez, le favorable voyage d'un vaisseau sur lequel Anez avait remis un diamant d'une immense valeur, qu'il envoyait au roi de Portugal. Ce navire avait été sur le point de périr: « et Dieu l'avait révélé, dit Anez, à son serviteur Xavier, afin que je « soUicitasse ses prières, qu'il les offrît à Dieu, et qu'ainsi l'adorable « Providence se trouvât glorifiée. » ■■

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(15/i5.) Xavier étant demeuré trois semaines environ à Cochin, jusqu'au mois d'avril, se dirigea vers l'île de Ceylan, pour aller à Négapatam, où devait se trouver réunie la flotte portugaise. Dans ce voyage, il eut la joie de ramener à Dieu le pilote du navire, dans des circonstances pareilles à celles du gentilhomme converti sous les palmiers de Cananor. Sur la plage, où ils descendirent ensemble, il reçut sa confession, et il en fit un chrétien édifiant, qui persévéra jusqu'à la mort dans les pratiques les plus ferventes. .

A l'île des Vaches, près des bancs de Remanancor, le Père résuscita le jeune enfant d'un Sarraziu ; mais les historiens ne nous ont point conservé les détails de ce miracle.

Dans le même voyage, le Saint voulut s'arrêter à Manar, et baiser la terre qu'avait arrosée le sang de tant de martyrs. Or, Dieu lui réservait d'opérer en cette île un nouveau miracle , en faveur des chrétiens actuellement désolés par une contagion, qui enlevait tous les jours plus de cent victimes. Xavier demanda trois jours pour

(1) Ce fut peut-être le F. Melcliior deLisboa, gardien des Frères Mineurs, martyrisé en 1 559.

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