LIVRE IV. —LETTRE TROISIÈME
prêtres, indigènes. Afin d'ajouter au mérite de votre action, je vous le commandais formellement, au nom de votre amour de l'obéissance. Je ne doute point que cette lettre ne vous soit parvenue, et que vous ne vous y soyez conformés.
Je suis parti de Malaca pour les Moluques le 1" de janvier, et le 16 février je suis arrivé dans l'île d'Amboine : j'ai immédiatement parcouru les villages chrétiens de cette île, y régénérant par le baptême tous les nouveau-nés. Dans le même temps, D. Fernando de Souza, à la tête d'une flotte espagnole qui se rendait de la Nouvelle-Espagne aux Moluques, est arrivé à Amboine. Il y avait huit vaisseaux dans le port, qui m'ont donné plus d'occupation que je ne saurais l'exprimer. Pendant mon séjour, j'ai pu me rendre compte des dispositions des indigènes; et j'espère, avec le secours de Dieu, que lorsque Jordan de Freitas (1), gouverneur des Moluques, et seigneur souverain d'Amboine, personnage très-dévoué à la propagation de la religion, sera venu fixer sa résidence à Amboine, ce qui paraît devoir êti^e avant un an, tous les habitants em»^ brasseront la foi de J.-G. L'île a environ 90 milles détour; elle renferme de nombreux villages, dont sept sont habités par des chrétiens. A 400 milles environ d'Amboine, en terre ferme, est une contrée appelée le pays du More, où j'ai appris qu'il existait un grand nombre de chi'étiens,
{i) Jordan de Freitas, qui succéda à D. Jorge deXastro, dans le gouvernement des Moluques, avait déterminé la conversion de Tabarija, dernier souverain de Temate, qui prit, au baptême, le nom d'Emmanuel. II était animé de bonnes intentions, mais égaré par l'ambition, il agit avec injustice envers le prince Cachil Aeiro, le plus proche parent du dernier roi, et lui fît éprouver d'indignes traitements. Ce malheureux prince fut justifié et rétabli dans ses domaines par D. Joam de Castro ; mais il finit par être assassiné par l'ordre des Portugais qui succédèrent à Freitas.
En aucune contrée, les Portugais ne commirent autant d'excès qu'à Ternate ; ses malheureux habitants l'abandonnèrent par trois fois, et finirent, de désespoir, par en ruiner tous les édifices et couper tous les arbres.
Ce furent tous ces excès qui arrachèrent à notre Saint les plaintes si douloureuses qu'exhala plus tard son âme apostoUque. ,
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