LIVRE lY. ^LETTRE QUATRIÈME
Providence, et j'avais à redouter de me fonder sur le secours humain, et d'affaiblir ainsi ma confiance en Dieu même. Je leur ai rendu grâces, et les ai vivement suppliés, de seulement prier Dieu pour moi, — ce remède étant évidemment le plus assuré de tous.
Mais je reviens au voyage des Moluques. Notre traversée fut loin d'être favorable : nous nous vîmes exposés à des périls infinis de la part des pirates et du côté de la mer ; et les plus grands encore sont venus de la mer. Le navire qui nous portait , entraîné parmi les écueils par la violence de la tempête, courut trois milles en labourant le fond avec son gouvernail. Si des écueils cachés sous les eaux, ou des inégalités de fond se fussent rencontrés sur notre route (ce que nous redoutions à tous les moments), nous aurions fait naufrage, et nous aurions tous péri. Je fus dans cette occasion témoin de bien des larmes , de bien des angoisses et des douleurs, lorsque nous voyons la mort présente à tous les moments. Mais Dieu ne voulait pas notre perte ; il voulait nous enseigner par le danger, afin qu'instruits 'par notre expérience, nous reconnussions la profonde infirmité de nos moyens, toutes les fois que nous pensons à nous appuyer sur nos forces personnelles ou sur les secours humains. Que si vous êtes une fois convaincu delà fragilité de vos propres ressources, et si vous détachez entièrement votre confiance des puissances humaines, pour reposer toutes vos espérances dans le souverain arbitre du monde, qui seul peut détourner , en un instant, les périls auxquels on s'expose en vue de son amour, alors vous verrez avec vérité que l'univers est régi par la main et par la Providence de Dieu seul, et que tout danger de vie doit être négligé, si l'on considère les célestes délices que la divine Providence nous prépare en ces occasions : la mort même, en effet, peut-elle être redoutée, lorsqu'on possède ces admirables consolations ; et cependant il arrive, par un effet extraordinaire, qu'après que le péril est passé, nous jj'en pouvons exprimer toute l'étendue par nos paroles :
■Sri.
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