LIVRE IV. — LETTRE QUATRIÈME
Tent. J'espère donc qu'on pourra facilement leur faire abandonner ce culte.
Je vous communique ces détails , afin que vous entriez dans ma douleur, et que vous ressentiez, comme il est naturel , une affliction profonde de la perte déplorable de tant d'âmes, qui périssent tous les jours par le manque absolu d'assistance. Que ceux qui les veulent secourir, ne perdent point de temps ! Seraient-ils peu versés dans les belles-lettres et dans les autres sciences, ils seront toujours capables du ministère qu'ils rempliront ici, s'ils sont bien pénétrës..âe la pensée, qu'ils ne viennent que pour le seul amour de J.-C, afin de vivre au milieu de ces peuples, et d'y exhaler leur dernier soupir dans l'ardeur d'un si beau zèle. Si seulement chaque année venaient douze hommes animés de cet esprit', en vérité la détestable secte de Mahomet serait anéantie sans retour , et tous les habitants embrasseraient la religion de J.-C. Enfin , il arriverait que tant de crimes abominables et impies n'outrageraient plus la Majesté divine parmi ces nations , comme il arrive par l'ignorance où elles sont de la loi divine. En efi"et, la plupart des habitants de ces îles sont des êtres sauvages et féroces, -..d'une perfidie insigne, et d'une ingratitude sans exemple. ^|t)n trouve aussi des îles à la surface de ces mers, dont les ; :^abitarits se repaissent de chair humaine, principalement de celle des prisonniers faits à la guerre. Si quelqu'un des leurs expire de mort naturelle , ils ne touchent point au reste de son corps, mais ils lui coupent les pieds et les mains, dont ils font leurs délices. Et même, si l'on en croit certains récits, ils poussent la barbarie à ce point, que, si l'un d'eux se propose de célébrer un grand festin , il demande à son voisin de lui céder son père avancé en âge, afin de l'égorger et de le servir en repas à ses amis : il offre en retour de sa demande, à celui dont il réclame cette faveur, de lui rendre plus tard un pareil service, lorsque son voisin célébrera lui-même un festin. La dépravation des mœurs est si grande et si dénaturée, qu'il n'est point d'im-