LIVRE IV. — LETTRE QUATRIÈME
puretés que ces peuples ne commettent. J'ai le dessein d'aller, le mois prochain, dans une île où se commettent le plus ordinairement ces deux crimes effroyables , de dévorer les prisonniers de guerre , et de se livrer, entre voisins, les parents avancés en âge , pour être servis dans les festins. Je me détermine à ce voyage, parce que j'ai appris que les indigènes voulaient se convertir, d'une vie si crimi^ nelle et si détestable, à la sainteté de la vie chrétienne.
Ces îles jouissent d'un ciel admirable, et sont couvertes d'arbres élevés et magnifiques ; elles sont arrosées par des pluies abondantes, protégées de toutes parts par des rochers imanenses, et si bien défendues par l'escarpement et l'élévation du terrain , que les habitants n'ont besoin d'aucuns remparts, pour être garantis des attaques de leurs ennemis ; aux approches d'une guerre , ils sont assurés d'être assez protégés, s'ils se retirent dans leurs rochers, dont les accès sont tellement escarpés, et si hérissés de défenses naturelles, que chez eux il n'existe point de chevaux : l'usage en serait impossible. Il s'y fait ressentir des tremblements de terre très-fréquents, et si violents, que les navires qui se trouvent dans ces parages , croient souvent avoir donné parmi des écueOs : la terre fait entendre un bruit formi-;" dable , et tout le monde est saisi d'une indicible frayeur. Un grand nombre de ces îles lancent au loin des flammes: et les feux souterrains s'échappent avec tant de force , qu'aucuns canons d'airain, si grands qu'il on existe, ne lancent leurs projectiles avec plus de fracas : souvent même la puissance de ces foyers fait jaUlir au loin d'énormes quartiers de roches. Dieu sans doute a voulu, si je puis le dire, entr' ouvrir la porte des enfers , à ces créatures à qui nul n'i^nonçaitles châtiments réservés aux impies, et leur donner comme une vision de la fournaise qui doit consumer éternellement les âmes des méchants, afin que l'horreur de ce spectacle leur servît de leçon et leur fît au moins comprendre la grandeur des supplices qui leur sont destinés , s'ils ne sortent de leur abîme de crimes et d'infamies. Toutes
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