‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 288 sur 759 · LIVRE IV. — LETTRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LETTRE CINQUIÈME

et jusqu'à son patrimoine, seront consacrés à des œuvres de miséricorde (1) ; sa personne sera chargée de fers, et soumise à une réclusion rigoureuse pendant un grand nombre d'années. Avertissez très-positivement ces officiers, afin qu'ils ne se fassent point d'iUusion, et ne se flattent point que vos menaces demeureront sans effet , dites-leur que rien n'est plus certain, et que vous n'admettrez aucune des excuses qui pourront vous être présentées, qu'une seule voie enfin leur est ouverte pour éviter vos justes rigueurs et pour se concilier vos bonnes grâces , qui est de contribuer à faire un grand nombre de chrétiens, pendant le cours de leur administration.

Je pourrais démontrer à votre majesté la nécessité de ces mesures, par une infinité de preuves très-évidehtes à mes yeux. Mais je ne saurais m'y arrêter, dans la crainte d'être importun à votre majesté, et pour n'avoir point à lui faire le récit de mes douleurs passées et présentes, sans avantage évident à cette heure. Je me bornerai à dire que si le vice-roi ou les gouverneurs, quels qu'ils soient, sont parfaitement convaincus que votre majesté parle avec une autorité sans réplique, et ne manquera pas d'accomplir ce qu'elle aura promis et juré, on verra, dans l'espace d'une année, toute la population de Geylan , plusieurs souverains delà côte de Malabar, et tous les indigènes de la contrée qui avoisine le cap Gomorin, embrasser la religion de J.-C. ; et tant que les vice-rois et les gouverneurs provinciaux des Indes ne seront point sous l'influence de cette crainte, de perdre leurs emplois et leurs biens, s'ils ne procurent la conversion d'un grand nombre d'infidèles ,* votre majesté ne doit point espérer de grands fruits de la prédication évangéUque dans les Indes, elle doit môme être convaincue qu'on ne verra pas un grand nombre se présenter au baptême, et que ceux qui se seront fait baptiser ne feront pas de

(1) Édition de Bologne :

« Seront remises à la Confrérie de la Miséricorde. »

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LlViRE IV. — LETTRE CINQUIÈME.

grands progrès dans la religion ; il n'existe aucun autre obstacle à ce que tout ce qui existe d'habitants dans les Indes reconnaissent la divinité de J.-C, et fassent profession de nos dogmes sacrés, que la négligence du viceroi ou des gouverneurs à s'en occuper , parce que votre majesté n'aura point édicté contre cette négligence des châ-

timents assez rigoureux.

Et ainsi que j'ai peine à espérer que mes vœux se réalisent jamais, je me sens, en vérité, prêt à me repentir d'avoir écrit ces choses, lorsque je considère surtout que votre majesté, par l'effet môme de cet avertissement de ma part, sera jugée plus rigoureusement au tribunal de Dieu : et je ne sais si, dans cette occasion suprême, vous verrez admise l'excuse, que vous essaierez peut-être d'alléguer, c'est-à-dire, que vous n'étiez pas obligé d'ajouter une foi implicite à mes lettres ; or, dans mon opinion très-sincère, et, je crois, très-fondée, jamais, je le déclare à votre majesté, je n'aurais tracé ces observations, touchant les gouverneurs et les administrateurs de ces pays, si j'avais pu me persuader, en quelque manière, que je pouvais sans crime garder le silence.

Je n'ai point encore déterminé, seigneur, si je dois me rendre au Japon : mais le principal intérêt qui me fait incliner à m'y rendre, est que je doute infiniment de rencontrer jamais, dans les Indes, la véritable et efficace protection de la part des autorités, qui serait nécessaire pour le progrès de notre sainte religion, et la conservation des chrétientés existantes.

Je prie et je conjure votre majesté, au nom de tout son amour pour Dieu Notre-Seigneur, et de son zèle pour le service de ce même Dieu, d'accorder à ses très-fidèles sujets des Indes, et à nous en même temps, l'insigne faveur royale, de nous envoyer ici, l'année prochaine, un grand nombre de prédicateurs de notre Compagnie. Car je vous le déclare, seigneur, en toute vérité, vos royales citadelles des Indes éprouvent un grand besoin de sujets de ce

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