CHAPITRE PREMIER
le monde e?itiei' s'il vient à peindre son âme (1) ? et il développait
à son ami l'instabilité, la misère, et la vanité des existences du
" monde, et la sainte perpétuité de la Jérusalem céleste. Ainsi, le ^
Sauveur Jésus, auprès du puits de Jacob, faisait entendre à une
Samaritaine, à une femme pécheresse, cette merveilleuse parole
qui a retenti dans le cours des âges , et qui retentira jusqu'à la
vie éternelle : « Si vous saviez le don de Dieu ! » Et, dans le même
- instant, il éclairait le cœur de cette femme infidèle, et lui inspirait
r la foi la plus vive au Messie Rédempteur.
k €e futenl533oul534 que Xavier, abattu par la grâce, tou- ^ ché des vertus d'Ignace, et sensible aux services qu'il en avait reçus (2), consentit enfin à mettre en pratique les leçons de ce maître. Dès lors il s'approcha chaque semaine des divins sacrements de Pénitence et d'Eucharistie : et non-seulement il accompUt avec obéissance les conseils d'Ignace, mais il parut bientôt courir à ses ■'côtés, et devenir, pour ainsi parler, plus semblable à son maître * qu'à lui-même. ^' ■
Ignace fit pratiquer à Xavier les exercices spirituels dont il avait rapporté le plan de Manréze. De ce combat singuUer que livre l'âme chrétienne, assistée de la grâce divine, contre l'auteur de tout mal, Xavier sortit comme régénéré, ne respirant que la gloire divine et le salut des âmes. Le jeûne, la discipline, les cilices de- " , vinrent ses armes contre son corps et ses passions. On raconte que , s'étant autrefois complu dans sa supériorité pour les exercices de , I son âge , il voulait s'en punir en liant étroitement ses bras et ses jambes durant de longs intervalles : de même il se présentait souvent à l'oraison ayant les membres attachés, en signe d'esclavage
traité où il a recueilli, jour par jour, les leçons spirituelles qu'il recevait du Seigneur, afin de s'exciter ainsi à l'aimer et à le servir chaque jour davantage. Dieu reposa sur ce Père une telle tendresse et une telle complaisance, qu'il parut empressé de le ravir à lui. Dès l'âge de sept ans, celte âme privilégiée entendait les secrets conseils et les inspirations du divin Epoux; à douze ans, Lefèvre engagea, par un vœu, sa pureté virginale, lorsqu'il était encore le petit berger des brebis de son père : et, dès cette heure, il suivait l'Agneau divin partout où il allait ; à quarante ans, il avait accompli sa vie terrestre, et s'était envolé vers la vie éternelle. » . (1) Matt., XVI. 29. ;^:;-:. • •:::^l'V;' :. ' -'\; ■. ■'■^^:^■H^^-^: :■';--;? V ;. " (2) Xavier, dépourvu quelquefois du côté de sa famille, à cause de.la distance des lieux, fut aidé par Ignace, qui venait de recueillir en Belgique d'abondantes aumônes, destinées à l'entretien des écoliers de sa nation.
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VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
envers Jésus-Christ, ou, disent d'autres auteurs, parce qu'il se comparait, en cette situation, à l'invité des noces qui n'était point revêtu de la robe nuptiale, et qui se vit exclu de la salle, et enchaîné pour être jeté dans les ténèbres extérieures.
On dit aussi qu'une fois Xavier demeura quatre jours entiers sans prendre aucune nourriture, v^i-i-
Tous ces merveilleux efforts afin de se vaincre lui-même, et la méditation constante des vérités divines l'avaient enflammé de zèle pour la conversion des hommes et d'un immense amour du martyre. Afin donc d'appartenir à Dieu seul, afin de ne pouvoir plus être séparé de la charité de Jésus-Christ, Xavier, qui venait de refuser un riche canonicat de Pampelune, s'empressa d'entrer dans les desseins d'Ignace, et résolut avec lui et avec les nouveaux disciples de cet homme de Dieu, de s'engager par des vœux exprès à quitter tous leurs biens et à faire le voyage de Jérusalem pour s'y consacrer à l'apostolat parmi les infidèles ; et si après une année, ils n'avaient pu traverser la mer, ils devaient s'aller jeter aux pieds du souverain pontife , et s'offrir à lui pour servir l'Église en la partie du monde qu'il leur désignerait.
Les quatre autres compagnons d'Ignace étaient Simon Rodriguez, d'Azevedo, au diocèse de Viseu, dans le Portugal; Diego Lainez, d'Almazan, en Gastille ; Alphonse Salmeron, de Tolède; et Nicolas Alphonse, surnommé Bobadilla, des environs de Palencia, en Arragon. Rodriguez, lorsqu'il était enfant, avait reçu de son père mourant une bénédiction prophétique, qui lui devint comme un signe de sa vocation, et sa mère l'avait élevé comme une chose de Dieu. Rodriguez, désigné d'abord pour la mission des Indes, demeura dans le Portugal. Il y fut le premier provincial de la Compagnie de Jésus. Mais nous ne devons point nous étendre sur ses glorieux travaux, qui appartiennent à l'histoire de la Compagnie. Lainez et Salmeron étaient déjà maîtres en philosophie : Lainez savait l'hébreu, le grec et le latin. Venu d'Alcala à Paris, pour se mettre sous la discipline d'Ignace, qu'il savait être un Saint, il le reconnut à sa seule apparence. Bobadilla, pauvre et vertueux écolier, compléta le nombre des sept fondateurs (1). . -
Le jour de l'Assomption de 153Zt, dans la chapelle basse de *
(1) Dans des notes aux Lettres, nous donnerons d'autres détails sur ces Pères.
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