CHAPITRE PREMIER
l'église de Montmartre (1), dédiée aux Saints Martyrs, c'est-àdire, à saint Denys, premier évêque de Paris, et à ses compagnons, Lefèvre, déjà prêtre, ayant célébré le Saint-Sacrifice, administra le corps sacré de J.-C. à ses Frères, et tous prononcèrent la formule des vœux, c'esl-à-dire rengagement à la pauvreté perpétuelle, et la promesse d'accomplir le voyage de Jérusalem, pour aller exercer l'apostolat parmi les Infidèles ; ou , en cas d'impossibilité , d'accepter la mission que le souverain pontife daignerait leur imposer.
Les deux années suivantes, à pareil jour, les nouveaux Confrères renouvelèrent leurs vœux, jusqu'à l'époque où le P. Ignace, que des affaires graves avaient appelé en Espagne (2), leur écrivit et leur donna rendez-vous à Venise, pour le Carême de 1537. Xavier était à la veille de recevoir le bonnet de docteur en théo-» logie, mais il fit passer l'obéissance avant les avantages aj^arents, même au point de vue religieux, de ce privilège insigne. : y^r .
Trois nouveaux Confrères s'étaient joints à nos religieux : c'étaient Claude Lejay, du Faucigny ; Pasquier Broiiet, de Bertancourt, en Picardie; et Jean Codure, d'Embrun : les deux premiers prêtres, et tous trois maîtres en théologie (3).
Le 1" novembre 1536, les Pères se mirent en voyage, vêtus pauvrement, n'emportant avec eux que de modiques provisions et leurs cahiers d'étude, portant sur leur habit le rosaire de la Sainte- Vierge, afin de faire profession de catholicité sur les terres protestantes. Tous les jours, les prêtres célébraient le Saint-Sacrifice, et les Confrères laïques recevaient de leurs mains le corps de Jésus-Christ. Les fervents voyageurs n'interrompirent jamais leurs pieux exercices : ils pratiquaient, le long du chemin, leurs oraisons et leurs méditations ordinaires; leur délassement était le
(1) Voir à l'Appendice, n° xv, une notice sur celle chapelle. *
(2) A ce voyage se rapporte la première lettre de notre Saint. •
(3) Voir aux Lettres, la note sur le P. Lejay, I, 40.
Pasquier Broûel, après diverses missions en Irlande et dans plusieurs villes d'Italie, fut créé premier Provincial d'Italie. Envoyé en France, il fit recevoir authentiquement la Compagnie de Jésus parle Parlement de Paris.. Le P. Broiiet mourut de la peste à Paris, au mois d'octobre 1562. % Jean Codure, après de fécondes missions en Italie et en Allemagne, mourut saintement à Rome le 24 juin 1641. .
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chant des Cantiques et des Psaumes. Ni les pluies d'automne, qu'ils éprouvèrent en France, ni les frimas des Alpes n'arrêtèrent leur courage. Ils cheminaient à pied, sans s'inquiéter des agitations qui troublaient l'Europe , depuis que l'empereur Charles-Quint avait déclaré la guerre au roiJFrançois I*', voyageant sans respect humain à travers les populations soulevées par l'hérésie : et après des peines infinies, ils parvinrent à Venise le 8 janvier 1537.
Dans la route, un accident grave, fruit d'une mortification sublime, faillit terminer les jours de Xavier; mais cet accident ne servit qu'à manifester sa Vertu, et à donner aux saints voyageurs une occasion de glorifier Dieu, qui remédia, par un miracle, à l'imprudence héroïque de son serviteur. Xavier, pour affliger son corps, avait lié ses bras et ses jambes avec des cordes très-menues, et bientôt l'exercice de la marche avait produit une vive inflammation, et lui avait causé d'intolérables douleurs. Les cordes avaient pénétré profondément dans les chairs, et Xavier, épuisé par la souffrance et, pour ainsi dire, privé de sentiment, dut s'arrêter et révéler son mal à ses compagnons. On séjourna donc dans une ville d'Italie, et les médecins appelés déclarèrent une opération impossible et le mal sans remède. Les Pères se mirent alors en prières, et, pendant toute une nuit, ils ne cessèrent d'implorer le Médecin suprême des âmes et des corps. Le malade, vers le matin, se sentit dégagé de ses liens : ses plaies étaient guéries et ses chairs parfaitement saines. Par la grâce de Dieu, ses forces étaient renouvelées : et, le même jour, les voyageurs se remirent en marche, bénissant mille fois le Seigneur de cette précieuse et paternelle miséricorde.
Le P. Ignace, que ses disciples retrouvèrent à Venise, et que, dès lors, ils considéraient comme leur supérieur et leur chef, fut d'avis que, jusqu'au moment où ils pourraient aller à Rome, pour solliciter la bénédiction du Saint -Père, avant leur voyage de Jérusalem, ils devaient s'employer à des œuvres pieuses, dans les hôpitaux de la ville. \
François reçut en partage l'hôpital des Incurables : les mer-^' veilles de son zèle pour soulager, dans l'âme et dans le corps, ces pauvres affligés, rappelèrent à la ville de Venise le souvenir de saint Roch qui, depuis plusieurs siècles, y était en grande vénération, et dont les reliques y sont conservées. C'était un spectacle
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