‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 300 sur 759 · LIVRE IV. — LETTRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LETTRE HUITIÈME

de toutes lettres, sans monuments écrits du passé, sans notions aucunes de l'écriture et de la lecture. Ils ont coutume de faire périr leurs ennemis par le poison, et ce genre de mort est la destinée d'un grand nombre. La terre est aride et dépourvue des productions qui servent à la vie ; on n'y trouve ni blé, ni vignes ; à peine les indigènes connaissent-ils la viande; ils n'ont aucune sorte de bétail, si ce n'est quelques porcs, qui sont plutôt un objet de curiosité qu'une ressource alimentaire: les sangliers y sont trèsnombreux, l'eau douce est très-rare; le riz abonde, et on voit beaucoup de ces arbres qui donnent le pain , et d'autres qui fournissent une espèce de vin : l'écorce d'autres arbres sert, avec ses filaments tissés, à confectionner les vêtements de tout le peuple.

Je vous ai doiméces détails, mes bien-aimés Frères, afin de vous faire connaître l'immensité des joies spirituelles dont l'on est comblé dans ces îles : tous ces dangers, toutes ces épreuves, supportés pour l'amour de N.-S. J.-C. , sont des trésors abondants dç consolations divines; que dis-je, nous pourrions envisager ces îles comme ayant été créées pour rendre , après quelques années , nos yeux comme étrangers à la lumière du jour, à cause de l'abondance infinie et de la douceur de nos larmes. Nulle part, en effet, je ne me souviens d'avoir été rempli de plus vives et de plus durables impressions de félicité spirituelle, et nulle part, je n'ai porté si légèrement les fatigues et les souffrances du corps; même au milieu de ces îles environnées d'ennemis, habitées seulement par des amis très-peu sûrs, et dépourvues entièrement des secours ordinaires en temps de maladie, et des objets les plus nécessaires pour soutenii' et conserver l'existence. Elles sont telles enfin , que je puis dire , avec vérité, qu'elles méritent plutôt le nom d'îles de la Divine Espérance, que celui d'îles du More.

Il existe, dans ces contrées, une race d'hommes ennemie de l'Évangile ; ce sont les Javares : ils croient obtenir l'immortalité, lorsqu'ils ont égorgé quelqu'im de leurs sem-

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