‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 304 sur 759 · LIVRE IV. — LETTRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LETTRE HUITIÈME

Le souverain mahométan des Moluques reconnaît la suzeraineté du roi de Portugal, et s'en fait un titre d'honneur. Il ne parle du roi, qu'en l'appelant son seigpeur. Ce prince parle facilement le portugais. Le royaume des Moluques ne tient pas au continent , mais est tout entier composé d'îles. Les principales de ces îles sont en la puissance des mahométans. Le souverain lui-même est moins empêché de se faire chrétien, par la religion de Mahomet que par ses passions et par l'habitude d'une vie licencieuse; au surplus, il n'a rien de mahométan, si ce n'est la circoncision pratiquée dès l'enfance et ses nombreux mariages; car il a cent épouses, sans parler d'une infinité de concubines. Les mahométans des Moluques ignorent presque entièrement la loi de Mahomet : ils n'ont qu'un petit nombre de prêtres ou kaciz, tous fort ignorants , qui leur viennent de rextériem*. Le roi m'a témoigné les plus grands empressements, au point d'exciter l'envie des seigneurs de sa cour. Il se montrait très-désireux de mon amitié, et, me faisant entrevoir qu'il pourrait embrasser un jour la religion chrétienne, il me priait de ne point lui témoigner d'éloignement à cause de sa profession du mahométisme. Il déclarait hautement que les mahométans et les chrétiens adoraient le même Dieu, et qu'un jour viendrait où les deux religions n'en feraient qu'une seule. Toutes les fois que je le visitais, il paraissait charmé de ma présence; je ne pus cependant parvenir à le rendre chrétien : j'en obtins seulement la promesse qu'il ferait baptiser l'un de ses nombreux enfants, s' engageant à donner, à ce fils chrétien, l'investiture de la souveraineté du More.

En 1546, étant sur le point de me rendre aux Moluques, j'écrivis d'Amboine à nos frères nouvellement arrivés de Portugal, afin qu'ils eussent à profiter, l'année suivante, de quelques-uns des vaisseaux allant des Indes à Malacca, pour se rendre dans cette ville: ils y sont venus en effet. Trois de la Compagnie, parmi lesquels deux prêtres, Jean de Beira et Nuno Ribeiro, sont arrivés très à

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