LIVRE IV.— LETTRE HUITIÈME
propos à Malacca, lorsque j'y abordais en revenant des Moluques. Nous sommes demeurés ensemble pendant un mois, à ma bien vive satisfaction. Je ne doute nullement qu'ils ne soient, en effet, capables de rendre dans les Moluques d'éminents services à la religion. Ils sont partis au mois d'août pour s'y rendre, et la traversée est de deux mois. Pendant mon séjour à Malacca, je leur ai fait connaître les mœurs de ces contrées, et d'après mon expérience, je leur ai indiqué la manière de se conduire avec les habitants. Ilsvontêtre si éloignés des Indes, qu'à peine pourrons-nous en recevoir une lettre par année. Je leur ai aussi recommandé ' de rendre compte à Rome, toutes les années, de l'extension de la religion chrétienne dans ces pays, et de l'espoir qu'ils offrû*ont pour l'avenir : ils ont promis de se conformer à mes avis.
Les quatre mois de mon séjour à Malacca, en attendant une occasion favorable pour la traversée des Indes, n'ont point été sans occupations spirituelles; et comme je ne pouvais satisfaire seul aux besoins de tous , il m'est arrivé de déplaire à quelques-uns ; mais ces légers mécontentements, ayant leur origine dans le repentir et la pénitence, loin de m' affliger, m'étaient plutôt agréables, à cause des sentiments de piété dont ils étaient la preuve. Je donnais aussi beaucoup de temps à l'apaisement et à la conciliation des inimitiés et des haines, si promptes à s'élever parmi les Portugais, peuple toujours militant. Après que le catéchisme fut terminé , je fis entendre aux enfants et aux néophytes l'explication du Symbole dans leur langue naturelle, afln de le bien faire comprendre de tout le monde : ainsi j'avais déjà fait dans les Moluques, pour être à même de jeter dans les esprits, sur les ruines de la superstition idolâtrique, de solides fondements de la religion chrétienne. Cette instruction peut facilement se donner en un an , si l'on fait apprendre chaque jour seulement vingt paroles , afln de les graver plus aisément dans les esprits grossiers des néophytes, Il est éminemment utile de ré-
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