CHAPITRE QUATRIÈME
pressa de courir après ces malheareux, comme son divin Maître après ses brebis égarées. Ils cédèrent bientôt à la charité du Saint et h ses paroles, à la fois si touchantes et si simples. Il leur expliquait, en langue malaie, qui était entendue dans toutes ces îles, les vérités du salut, et découvrait à ces peuples baptisés, mais plus idolâtres et mahométans que chrétiens, la grandeur de leur ignorance et de leur misère spirituelle. A sa voix , ces contrées où régnaient, avec toutes les erreurs de l'infidélité, la barbarie la plus sanguinaire, et dont les habitants étaient en guerre avec tous les hommes, et se combattaient sans cesse entre eux, devinrent une des nations privilégiées de l'Église de J. -C. , et donnèrent à Xavier les consolations les plus singulières. Dans ce pays dévoré du soleil, et dont la terre, soulevée par un grand nombre de volcans, vomit de toutes parts, au milieu de la fumée et des flammes, des pluies de pierres embrasées, le P. Xavier trouvait occasion d'exhM-ter les insulaires à la pénitence, en leur présentant ces éruptions|5«È! feu comme des images de l'enfer, mais aussi inférieures à la réafèé que les effets naturels le sont aux surnaturels. Le 29 septembre, jour de vSaint-Michel, un violent tremblement de terre eut lieu, lorsque le Père célébrait le Saint -Sacrifice au milieu d'un grand nombre d'habitants. Tout le peuple soitit en foule de l'église; mais le Père n'interrompit point les saints mystères, et se contenta d'implorer, en faveur de ses néophytes, l'Archange, patron de ces régions infidèles, et député de Dieu, dès l'origine, pour triompher des puissances de l'enfer. Du reste, tous les Moréens considéraient Xavier comme supérieur à la simple humanité, et lui rendaient les honneurs qui appartiennent à un Saint ; aussi ses paroles étaient-elles d'une conviction irrésistible. Des villes entières embrassèrent la foi : Tolo, capitale de ces îles et peuplée de 25,000 haWtants, se convertit tout entière, ainsi que Momoya. En vain quelques infidèles essayèrent de faire périr le Saint; Dieu le préserva par miracle. Poursuivi et menacé d'être lapidé, Xavier, pour qui l'heure n'était point venue de consommer le dernier sacrifice, traversa, dans un instant, une large rivière, sur une pièce de bois qui s'offrit spontanément à lui.
En même temps les épreuves les plus douloureuses de l'âme et du corps lui furent envoyées par la permission de Dieu, et ce Saint, qui demandait autrefois à Dieu une plus grande abondance de peines, ne trouva, dans l'infinité des souffrances, que de fécondes
YIE DE SAINT-FRANCOlS-XATIliR.
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espérances de salut en faveur de ses cliers disciples, et la consolation de s'unir plus Intimement au sacrifice de son Seigneur Jésus- Clu'ist.
Les îles du More furent nommées par lui les îles de la Divine- Espérance, en mémoire des bénédictions dans lesquelles s'étaient changés les douloureux présages du passé. i
Rappelé à Goa par les affaires de la Compagnie et par la nécessité de pourvoir à l'indigence spirituelle des nouveaux convertis, qu'il laissait sans ouvriers évangéliques, le P. Xavier quitta les îles du More pour Ternate.où il demeura trois mois, rendant tous les services de son saint ministère aux zélés chrétiens de cette île, qui lui représentaient les premiers fidèles de l'ÉgUse de Jésus- Christ,
Mais le principal objet de son zèle fut le roi même de Ternate, Cacil Aërio, que les traitements cruels des Portugais avaient violemment indisposé contre la rehgion chrétienne. En effet, k propre mère de ce prince avait été mise à mort par les ordres du gouverneur portugais de la citadelle de Ternate : Aërio lui-même, fait prisonnier sans motif légitime , avait été chargé de fers et envoyé captif à Goa. Plus tard, il est vrai , on lui avait rendu ses États et sa dignité ; mais, outre ses préventions si malheureusement fondées, l'influence des passions retint Cacil Aërio dans les engagements du vice et dans les erreurs mahométanes : on le vit même devenir le persécuteur de ses sujets chrétiens et en particuUer de la princesse Isabelle.
Xavier convertit seulement deux sœurs de ce prince et plusieurs de ses principaux serviteurs. En quittant Teniate, il laissa aux habitants, comme un testament de sa charité si apostolique, une longue instruction on langue malaie sur les mystères et la morale du christianisme. Cette instruction fut depuis répandue dans tout l'Orient. Les jours de fête, elle était lue dans les assemblées, et elle était écoutée, comme si elle émanait de la bouche même du saint Père.
Dans Amboine où l'Apôtre se rendit ensuite, il trouva des vaisseaux portugais dont les équipages lui occasionnèrent beaucoup de travail : il fit élever au bord de la mer une petite chapelle où il instruisait les Portugais; et, après leur départ, ii visita les sept