‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 318 sur 759 · LIVRE IV. — LETTRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LETTRE NEUVIÈME

fois les yeux sur des fautes qui sont, d'ordinaire, l'effet naturel de leur âge, que, par une sévérité sans doute légitime, d'irriter de jeunes esprits et de s'attirer leur haine ; s'Us ont une fois pris en aversion ceux qui n'ont en vue que leur salut, ils donneront malheureusement danS une infinité d'excès, au lieu qu'en général vous en obtiendrez plus aisément qu'ils se conduisent bien, si vous leur, témoignez une vive affection, que si vous leur imposez le devoir avec une extrême rigueur.

Abstenez-vous avec soin de reprendre les chrétiens indigènes en présence des Portugais, et, au contraire alors, défendez-les toujours, et lorsqu'ils seront accusés, couvrez-les de votre protection, les excusant et les relevant autant qu'il vous sera possible , priant les Portugais de vouloir bien considérer l'imparfaite et fausse éducation qu'ont reçue ces pauvres gens, tout nouvellement convertis au christianisme; représentez l'époque si rapprochée encore de leur profession de la foi, les circonstances diverses de l'absence de prêtres, des incursions des Badages et de la perpétuelle frayeur où l'on se trouvait, combien peu de loisir ces néophytes ont eu pour appliquer sérieusement leur esprit à l'étude des vérités chrétiennes, et pour s'en instruire autant qu'il était nécessaire ; et si les Portugais font un sage retour en eux-mêmes , non-seulement ils sentiront qu'ils doivent être indulgents pour des imperfections trop naturelles dans une barbarie aussi inculte, mais ils auront plutôt sujet d'être surpris que ces peuples ne soient point plus imparfaits, que ne le font paraître les fautes où ils tombent, et qui sont en généra] si légères. , - > r'-yic^^:/-.,;

Vous témoignerez les dispositions les plus amicales aux prêtres malabares, et vous leur rendrez tous les devoirs de la charité, surtout en ce qui regarde la religion ; vous ferez en sorte qu'ils prennent l'habitude de purifier souvent leurs âmes par la confession, d'offrir pieusement et souvent le Saint-Sacrifice de la messe, et d'être, par leur vie parfaite, la lumière et l'exemple du peuple : et s'il ar-

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rive que vous ayez à vous plaindre d'eux, où à leur faire entendre quelque parole de blâme, évitez qu'il en paraisse rien en dehors, que l'on puisse leur opposer : observez surtout cette règle, dans les lettres que vous aurez occasion de leur écrire.

Vous vous appliquerez en tout temps à vous concilier le gouverneur portugais par les marques de votre respect et de votre déférence absolus, et vous éviterez avec une extrême attention de vous trouver en différend avec lui, par quelque motif que ce soit : vous vous efforcerez également de conserver l'amitié de tous les Portugais qui vivent dans cette contrée. Vous n'aurez de prévention contre aucun, et vous vous garderez de déplaire à aucun : mais, par une douceur, une prudence, et une charité très-sincères, vous vous montrerez pacifiques avec ceux-là mêmes qui sont les ennemis de la paix : si quelqu'un, de son propre mouvement, s'élève contre vous, vous l'apaiserez par vos bons offices et par vos manières affectueuses, de sorte que malgré lui il se sente aimé de vous et s'en laisse aimer, et qu'il craigne de laisser éclater en une querelle ouverte sa secrète irritation contre vous : mes paroles ne doivent pas néanmoins vous rendre aveugles sur les persécutions dont souvent nos chrétiens sont l'objet ; lorsque vous vous apercevrez de méfaits de ce genre , faites entendre hautement votre censure, mais avec modération et avec toutes les marques d'un véritable amour; et si vous ne parvenez point à y mettre fin , portez plainte au gouverneur , et défendez , avec douceur, le droit des innocents opprimés, en conservant, autant qu'il se peut faire, l'amitié de ceux qui sont devenus vos adversaires. Je vous recommande encore, à cause de la gravité de l'avis, à l'égard du gouverneur, de toujours et à tout prix conserver sa protection et son amitié : n'ayez rien plus à cœur que d'éviter de lui déplan-e, et de vous maintenir dans sa faveur ; faites, s'il le faut, tous les sacrifices pour y parvenir.

Que tous vos entretiens avec les Portugais aient pour ob-

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