‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 331 sur 759 · LIVRE IV. — CATÉGHÉTIQUE AUX MOLUQUOIS · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CATÉGHÉTIQUE AUX MOLUQUOIS

lui avoir inspiré des soupçons, en lui faisant entendre mille accusations diverses, à leur accorder l'arrestation de Jésus, qu'ils réclamaient avec ardeur, comme étant nécessaire à la sécurité publique. Ce gouverneur étranger se laissa donc séduire par la perfide industrie de ces méchants : non point qu'il ignorât que leur perversité se couvrait de l'apparence du bien public ; mais, soit qu'il cédât à la pression de leur insistance passionnée, soit qu'ambitieu!x de se concilier les plus puissants du peuple, il crût devoir acheter son propre repos, ou la faveur publique, au prix du péril d'un homme illustre, et qui rappelait la gloire d'Élie et de Jérémie, parmi les anciens , et dans l'âge actuel, de Jean-Baptiste, mais qui dans sa pensée n'était pas supérieur à la nature humaine. Car s'il eût connu d'une manière évidente que Jésus était le Fils de Dieu , aucune sollicitation n'eût pu le déterminer à livrer J,-C. aux fureurs de ses ennemis.

Jésus étant ainsi livré par l'autorité du gouvernement, ses détestables ennemis ajoutèrent à leur crime cet excès odieux, inspiré par leur propre malice, de lui faire subir les traitements les plus barbares, par le ministère de leurs propres serviteurs. Emmené parmi les rues et les places, au milieu d'un concours de gens qui l'outrageaient, traîné violemment, de maison en maison, devant différents tribunaux, méprisé, injurié, couvert de crachats, accablé de soufflets, il fut à la fin présenté devant Pilate, en regard de faux témoins , parmi les clameurs furieuses d'un peuple soulevé qui demandait sa mort, et sa mort sur la croix : néanmoins le juge hésitait, convaincu de l'innocence de l'accusé ; mais on lui fit appréhender de perdre la faveur de César, s'il renvoyait absous un homme désigné comme le roi des juifs , et qui pouvait les faire, ré- ?■■ volter; et cette crainte le fit céder à la passion des accusateurs de Jésus. Après l'avoir très-inhumainement fait flageller sur tout le corps, depuis le sommet de la tête jusqu'à la plante dos pieds, il le livra pour être crucifié.

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EIVRE IV. — CATÉCHÉTlQUi: AUX MOLUQUOIS.

aux juifs qui le réclamaient avec une ardeur frénétique.

Avant de l'élever en croix, les gens des pharisiens, ayant revêtu Jésus des ornements d'un roi de tHéâtre , placèrent sur sa tête une couronne d'épines, mirent en sa main un roseau pour sceptre, et se firent un jouet de sa personne, fléchissant, par une dérision impie , le genou devant lui , et le saluant roi des juifs : bientôt ils crachèrent à sa face, meurtrirent ses joues dei soufflets sans nombre, et lui arrachant le roseau de la main droite , en frappèrent son front couronné d' épines/ Enfin, ils l'attachèrent à une croix, sur la montagne du Calvaire, voisine de la cité de Jérusalem. Ainsi Jésus-Christ mourut sur la croix, afin de sauver les hommes pécheurs, de telle sorte que son âme très-sainte fut véritablement divisée d'avec son corps trèsprécieux, au moment où il expira sur la croix, sans néanmoins que son âme et son corps, alors désunis, cessassent de demeurer isolément associés à la personne divine : et ainsi que l'esprit s'envola sans cesser d'être uni à la divi*nité, le corps inanimé, soit encore suspendu à la croix, soit déposé et enseveli dans le sépulcre, conserva toujours intimement unie et adhérente à lui-môme la divinité , qui n'en fut en aucun temps séparée.

A la mort de Jésus-Christ, le soleU s'obscurcit et perdit la lumière qui lui est propre, la terre entière trembla jusqu'en ses fondements ; les montagnes se fendirent dans cet ébranlement, les sépulcres des morts s'entr' ouvrirent d'eux-mêmes et laissèrent sortir les corps d'un grand nombre de saints personnages qui , rendus à l'existence , se répandirent et se firent voir dans la cité de Jérusalem. A la vue de ces prodiges, les témoins de la mort de Jésus- Christ crurent, et s'écrièrent : En vérité, cet homme était le Fils de Dieu.

Tous les événements que nous venons de rapporter sont compris en la profession de l'apôtre saint Jacques, ajoutant aux paroles exprimées par les précédents apôtres :

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« Je crois en Jésus-Christ^ qui a souffert sous Ponce-Pilote, qui a été crucifié, qui est mort et a été enseveli. »

Jésus-Christ était Dieu , puisqu'il était la seconde personne de la Très-Sainte-Trinité ; en même temps , il était véritablement homme , étant Fils de la Vierge Marie , et possédant une âme raisonnable et un corps humain. En tant qu'il était homme , il est véritablement mort sur la croix, lorsqu'il y fut attaché. En effet, la mort n'est autre chose, en réalité, que la séparation de l'âme d'avec le corps , dans lequel et avec lequel elle a existé. Et ainsi, la très-sainte âme de J. -G. a été séparée de son corps, lorsqu.e Jésus-Christ a expiré sur la croix.

Séparée de son corps, et demeurant néanmoins unie à la divinité du Fils de Dieu, comme elle l'avait toujours été depuis que le Seigneur Dieu l'avait créée , la très-sainte âme de Jésus-Christ descendit aux limbes, c'est-à-dire dans un lieu souterrain où étaient retenues les âmes des saints pères, des prophètes, des patriarches, et d'une infinité de justes, qui y étaient rassemblées, et y demeuraient dans l'attente commune de l'avènement du Fils de Dieu, par qui elles savaient qu'elles devaient être délivrées, et transférées de ce séjour dans le Paradis. En effet, les hommes vertueux qui, depuis l'origine du monde, ont vécu sur la terre, étant les amis de Dieu, professaient avec liberté la vérité qu'ils connaissaient, et n'avaient jamais dissimulé leur foi devant les méchants. Ils réprimandaient les pécheurs, censurant avec sévérité les crimes de ces impies audacieux, qui se révoltaient contre Dieu, le commun Créateur. Mais la malice et la perversité de ces hommes ne pouvaient les supporter : aussi , par les inspirations et avec le secours du malin esprit, leur complice, dont ils avaient suivi les bannières, ils abreuvaient les bons d'une infinité de maux, les éprouvant par la captivité, par l'exil, par des iniquités et des injures sans nombre.

Ces existences si diverses étaient, par une compensation légitime, suivies d'un sort bien différent pour les âmes lors-

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LITRE IV. — CATÉCHÉTIQUE AUX MOLUQUOIS.

que la mort les avait séparées d'avec leur enveloppe terrestre. Toutes les âmes qui, durant leur existence mortelle, avaient été vertueuses, à l'heufemême où la mort les avait aflfranchies des lienâ du corps, se rendaient en ce lieu que nous avons appelé les limbes , et qui, se trouvant dans les profondeurs et au centre même de la terre, était aussi nommé les lieux bas ou les enfers, non point, ainsi qu'on l'entend ordinairement des enfers, qu'un feu vengeur y fût allumé, ou qu'il y régnât une autre nature de peines pour faire souffrir les âmes : ces châtiments sont réservés aux seuls réprouvés, tandis que les âmes de ces justes, exemptes de toute souillure criminelle, et en grâce avec Dieu, demeuraient en paix, jouissant d'une sérénité bienheureuse.

Mais au-dessous de ce séjour de bénédiction existe une région inférieure appelée le purgatoire, parce qu'en ce lieu sont, pour ainsi dire, lavées sous le pressoir et régénérées les âmes qui ont, il est vrai, terminé leur vie mortelle en la grâce de Dieu et sont affranchies de tout péché mortel, mais qui portent en elles les souillures moindres des fautes vénielles, ou qui n'ont point encore acquitté la dette de leurs péchés mortels; elles y demeurent pour y achever une pénitence entière et parfaite, jusqu'à ce qu'absolument purifiées, et ayant satisfait complètement à la divinejustice, elles soient dégagées de toute imperfection ancienne, par l'effet des peines temporaires qui font l'effet de la lune agissant sur une rouille antique ; ainsi dis# paraissent entièrement les derniers vestiges de la faute envers Dieu, et de la dette envers sa justice ; et ces derniers vestiges étant absorbés dans l'éclat qui transfigure les âmes, elles commencent à pénétrer par la vue et par la jouissance, en cet héritage, différé pendant la durée légithne de la peine, et qui leur est enfin librement ouvert.

Le dernier des lieux souterrains est l'enfer proprement dit, ou l'abîme, déplorable séjour d'effroyables et éternelles flammes, à jamais inextinguibles, et de tous les supplices les plus excessifs, tels que si les hommes vivants.

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