LIVRE IV. — CATÉCHÉTIQUE AUX MOLUQUOIS
grâce; qualité vivifiante de l'âme que Dieu a accordée aux hommes, indignes par eux-mêmes de ce bienfait, en raison des œuvres saintes que Jésus-Christ a accomplies durant sa vie terrestre. En effet, Jésus-Christ, ayant, pour obéir à son Père, enduré tant de maux, souffert volontairement tant d'iniquités et d'opprobres, enfin subi les horreurs de la croix et de la mort, s'est, par là même, rendu digne d'une récompense infinie. Mais, heureux de n'avoir en lui-même aucun besoin de pareils mérites, il nous a transporté ses droits à ces mérites, et tire de lui-même le profit que nous en recueillons : et c'est pourquoi la grâce qui nous est conférée est le fruit des mérites de Jésus-Christ^ et comme une émanation du chef dans les membres.
Et de môme que, dans un corps naturel, ce n'est pas seulement la tête qui vivifie les membres qui lui sont soumis, mais que ceux-ci se nourrissent aussi, s'entretiennent et s'affermissent mutuellement par de secrètes communications , de même dans le corps mystique deJésus-Christ, la participation aux trésors que Jésus-Christ «a amassés, comme prix de ce qu'il a fait et souffert durant sa vie mortelle, est bien le principal, mais n'est pas néanmoins l'unique moyen que nous ayons de recueillir les biens spirituels. Jésus-Christ a voulu qu'il rejaillît et retombât tiussi sur nous quelque chose de l'abondance des mérites qu'auraient, par sa grâce, acquis devant lui ses serviteurs, nos frères , par leurs actions vertueuses et leurs douloureuses épreuves. Ils prient pour nous, et nous obtenons ; ils souffrent en notre place, ou offrent leurs souffrances antérieures, et ils nous déchargent de la peine, dont nous sommes encore redevables. Enfin , tontes leurs bonnes œuvres, de tout genre, tant que nous demeurons en cette communauté de la grâce de Dieu et du corps de l'Église, nous sont diversement utiles, par la salutaire émanation de ce qui surabonde en un membre, en toutes les parties du corps.
Nous reconnaissons encore, et nous confessons qu'en Dieu, Notre-Seigneur, résident l'autorité et la puissance de
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remettre les péchés, ç'esi-à-dire, d'effacer la tache et de remettre la peine d^^^çtions criminelles, par lesquelles, nous autres hommeif abusant de notre libre arbitre, nous nous séparons de Dieu, et nous révoltons contre lui; méritant ainsi de déchoir de sa grâce, en laquelle sa miséricorde nous avait placés ; nous confessons encore et nous croyons que cette même puissance, Jésus-Christ Notre- Seigneur l'a donnée et communiquée aux prêtres de l'Église cathohque, et que, par l'effet de cette communication, ils sont revêtus du pouvoir d'absoudre de leurs péchés ceux qu'ils jugent suffisamment disposés pour être légitimement déliés, devant Dieu, de l'esclavage de ces péchés.
C'est pourquoi ceux qui se sentent coupables d'avoir offensé Dieu, doivent avoir grand soin de se disposer sans délai, en opérant de dignes fruits de pénitence, à mériter le pardon de leurs fautes et à pourvoir au salut de leur âme. L'affaire de la réconciliation du pécheur se traite, en effet, dans le sacré- tribunal; le prêtre juge si le pénitent est digne ou s'il ne l'est pas d'être l'objet de la grâce de l'absolution ; le coupable est lui-même son accusateur. Le prêtre est le suprême arbitre ; il instruit la cause, U approfondit tout, comme le demande l'exercice de son ministère sublime. La confession de tous les péchés mortels doit être entière et complète de la part du pénitent, si ce n'était que le temps manquât pour en achever l'aveu, comme dans certains périls extrêmes ; après avoir tout suffisamment connu, le prêtre prononce la sentence d'absolution, et dans le même instant, la grâce divine se répand de nouveau dans l'âme du pénitent, et efface les péchés qui, précédemment, la défiguraient ; et la remise des peines éternelles, que ces péchés lui avaient fait encourir, lui est certainement accordée.
Ces deux articles de la doctrine catholique, sont compris en ces paroles de saint Simon : « Je crois à la communion des Saints et à la rémission des péchés, »
Mais ainsi que ce serait faire injure à l'infinie bonté et à
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la justice de Dieu , que de ne pas croire fermement que Dieu ne saurait manquer de récompenser avec plénitude ses fidèles serviteurs , qui ont très-exactement observé sa loi sainte , en même temps que de châtier par des peines légitimes les détestables contempteurs de son nom et les transgresseurs impies de ses Commandements, nous croyons fermement qu'il y aura une résurrection de la chair, c'est-à-dire , que tous les hommes sans exception qui ont vécu jusqu'à ce jour, qui vivent en ce moment, ou qui vivront après nous , reprendront une vie nouvelle à la fin du monde , renaissant dans les corps qu'ils habitaient à leur mort: et qu'ils les conserveront dans l'éternité de leur supplice ou de leur gloire. En effet, il est souverainement nécessaire que Dieu Notre-Seigneur, à cause de sa parfaite et incorruptible justice, ranime , pour une éternelle consolation , les corps des saints qui auront pendant leur vie mortelle dévoué leurs sens et leurs membres à des travaux continuels; qui auront enduré, pour demeurer affermis dans l'amour de Dieu, les insultes et les violences des méchants leurs persécuteurs, conjurés avec fureur et animés d'une rage inouïe , pour les faire succomber et leur faire offenser Dieu. En effet , quoique ce soit principalement à l'âme qu'appartient la constance dans l'accomplissement du devoir, cependant les corps étant demeurés privés des biens qui sont en rapport avec leur nature, ayant été tourmentés, éprouvés par la souffrance, souvent même en ces occasions cruellement déchirés, ils méritent aussi d'avoir une part proportionnée en ce repos, en cette joie, en cette gloire.
Il n'était pas moins juste que les corps de ces hommes pervers qui, pendant leur vie, sans aucune considération pour la Loi divine, se seraient abandonnés sans frein à toutes sortes de crimes, et au mépris des préceptes divins, se seraient livrés aux passions de l'intempérance et de la volupté des sens , fussent châtiés comme ils en sont dignes, et expiassent malgré eux dans les ardeurs d'une