CHAPITRE CINQUIÈME ('15Zi8-1549). LXXVII
rendit lui-même témoignage de sa vie coupable et de sa conversion, dans le procès de la canonisation du Saint. ^ " * -
Dom Joam de Castro que les devoirs du gouvernement retenaient à Baçaïm, obtint du Saint la promesse, que celui-ci passerait l'hiver à Goa. Castro désirait traiter avec lui les affaires de sa propre conscience, et se réservait ce temps pour en accomplir le devoir. Mais nous verrons que la Providence en avança l'époque, et disposa toutes choses, à la fois pour la consolation spirituelle et le salut du gouverneur, et pour les progrès ultérieurs de l'apostolat du Saint. . .
A Goa, le Père était attendu par Côme de Torrez et par le Japonais Anger. Côme de Torrez, prêtre de Valence, était venu delà Nouvelle-Espagne aux Moluques sur la flotte envoyée par l'empereur Charles-Quinl, L'esprit intérieur le conduisait, h travers de continuelles inquiétudes, vers le terme de sa vocation. A Amboine, il avait conçu le désir de s'attacher à Xavier; mais craignant encore, à cette heure, les fatigues inséparables du ministère apostolique, il avait différé d'entrer dans la voie plus étroite, et, se rendant à Goa , il avait reçu de l' Évoque les fonctions de son vicaire et l'administration d'une paroisse de la ville. Mais cette vie paisible ne put suffire au grand cœur de Torrez; aussi bientôt il n'hésita pas à se démettre de sa dignité, et à pratiquer, dans le collège de Saint- Paul, sous la direction du P. Lancilotti, les saints exercices de la Compagnie. Xavier, en arrivant à Goa, reconnut dans Torrez. les éminentes qualités d'un prédicateur et la vocation d'un apôtre ; il l'admit dans la Compaghie , et prit soin lui-même de former son esprit selon les règles de l'Institut.
Anger et ses deux serviteurs reçurent, vers le même temps, le sacrement de Baptême, par les mains du vénérable évêque de Goa , le jour de la Pentecôte. Le P. Xavier raconte en ses lettres (t. II, p. 81) les précieuses consolations que lui donnèrent les nouveaux chrétiens. ■" • ' - ; ';
Anger dit alors au Saint que depuis longtemps il courait au Japon un bruit vague, et comme une prophétie, que des hommes étrangers viendraient en cet empire aliu de prêcher une loi beaucoup plus sainte et plus parfaite que celle qui avait été observée jusqu'alors.
Le Saint lui fit faire les exercices de saint Ignace, et Anger les pratiqua durant trente jours avec une ferveur singulière.
VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
" En voyant cette ferveur , le Saint conçut une grande idée du caractère et des dispositions des Japonais. ■''. ' '*/,•!
Il se mit en prières, et ordonna à ses religieux de célébrer un grand nombre de messes ; et après avoir invoqué les lumières d'en haiit, il connut par une inspiration divine que sa vocation l'appelait au Japon, : .;
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Vers la fin de l'été, D. Joam de Castro fit partir une flotte pour aller prendre possession d'Aden, ville d'Arabie, a l'entrée du golfe Persique. Xavier, dévoré du zèle des âmes , avait éprouvé la plus vive douleur en voyant la vie criminelle d'un Portugais, le plus vaillant parmi ses compagnons, mais devenu, par ses vices, un enfant du démon. Dans sa charité parfaite , il eut compassion de cette âme, et voici quelle fut son industrie, afin de la sauver. ;
Le saint Apôtre alla trouver cet homme, et lui offrit d'être son compagnon, et de monter avec lui sur le même navire. Au temps où la flotte se mit en raer^ Xavier, prenant son bréviaire, suivit sur Je vaisseau son nouvel ami. Dom Alvare de Castro, fils du gouverneur, qui commandait l'expédition , et tous les Portugais , se réjouirent singulièrement de la présence du Saint. Celui-ci, se faisant tout à tous, dirigeait néanmoins sa principale pensée vers la brebis enante qu'il s'était promis de ramener à son Dieu; Pendant les premiers jours de la navigation , il entreprit de se familiariser avec le soldat, assistant à ses nuits de jeu , ne paraissant point entendre ses blasphèmes, et iui adressant, par inteiTalles, des réflexions amicales sur les devoirs de la religion et sur l'intérêt de son âme. Un jour, enfin, le Père demanda familièrement au soldat depuis combien de temps il ne s'était pas confessé. Le soldat fit l'aveu que depuis dix-huit ans il n'avait point purifié sa conscience: s'étant, seulement dans une occasion fortuite, et plutôt par le respect humain de paraître un infidèle que par le regret de ses fautes, présenté devant un des prêtres de Goa, il s'en était vu rejeté, et dès lors, il s'était replongé dans une impénitence aveugle.
Xavier , le consolant , répondit qu'à la vérité la sévérité du prêtre était faite pour l'affliger, mais que, sans doute, cet ecclésiastique avait eu ses raisons pour le renvoyer; que lui, Xavier, avait tes siennes pour l'admettre aux effets de la divine miséricorde. Il lui ofliit d'entendre sa confession , et bientôt , en effet, le soldat lui confessa les crimes de son existence. Or, là flotte
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