LIVRE V. — LETTRE QUATRIÈME
péchés, plutôt que de rechercher, de la part d'un souverain mortel, une récompense humaine de ses mérites et de ses belles actions ; je n'ai pu toutefois lui faire abandonner ses espérances et ses projets : vous ferez bien d'éprouver en Portugal, s'il a changé de dessein et s'il s'est tourné vers les pensées du ciel. Si les épreuves et les dangers de la navigation l'ont rendu plus docile aux inspirations divines , conseillez-lui de demeurer en Portugal sous l'habit monastique , plutôt que de revenir vers nous dans la profession militaire. Si vous parvenez à le convaincre , vous rendrez â sa pauvre âme un service immense, et vous l'aurez sauvée de sa perte ; mais si son esprit conserve son attache aux intérêts qui passent, et ne peut s'élever à une philosophie plus haute, vous pourrez l'assister en sa légitime requête; et vous l'aiderez, autant qu'il sera dans votre pouvoir, à obtenir au moins, comme récompense de ses longs et honorables services dans les camps, une pension suffisante pour son existence en ces contrées. Je vous demande avec instance, au nom de la charité divine , de faire ces justes démarches.
J'avais achevé d'écrire les lettres pour le Portugal , que je devais remettre à Pero Fernandez, qui a rempli dans les Indes les fonctions de vicaire général, lorsque des navires, venant de Malacca, nous ont annoncé comme une nouvelle certaine , que les ports de la Chine étaient entièrement fermés aux Portugais , et disposés à les recevoir en ennemis (1). Cependant je ne veux pas renoncer au projet que j'ai formé de me rendre au Japon, dont je vous ai déjà fait part , et que j'espère accomplir avec la grâce de Dieu.
(1) Les excès, commis en Chine par les Portugais furent l'occasion de sanglantes représailles. La cruauté de Simani d'Andrade fut le signal du massacre de trois cents Portugais à Liampou en 1542, et une succession de faits déplorables amena la fermeture des ports, à l'exception de Macao, et l'isolement de la Chine d'avec le reste du monde civilisé. Ce n'est qu'après trois cents ans que les révolutions de cet empire immense vont de nouveau l'ouvrir à la politique et au commeree, et, avec la grâce de Dieu, à la religion de J.-C.