‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 379 sur 759 · LITRE V.— LETTRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LITRE V.— LETTRE SIXIÈME

état, c'est-à-dire à l'afTaire du salut des âmes; autrement, une partie considérable du temps, que votre devoir exige tout entier, peut être dissipée, dans le détail infini de la distribution des aumônes (1). Enfin, vous préviendrez de la sorte les plaintes et les soupçons du vulgaire, à qui la nature humaine, toujours inclinée vers le mal, donnerait sujet de vous juger avet défaveur, et de présumer que, sous le prétexte de servir le prochain, vous servez votre propre intérêt, et que vous gardez une part des deniers que vous avez reçus pour les employer en aumônes, détournant, par un larcin criminel , le bien môme et la substance des pauvres (2).

Vis-à-vis des personnes avec lesquelles les intérêts dé la religion, ou ceux de la vie civile , les affaires intérieures ou celles du dehors, vous occasionnent des rapports ou des conversations, dans les différentes circonstances de la vie, — que ces personnes aient plus on iaaoins recherché votre intimité, — agissez toujours avec elles comme si vous étiez persuadé que l'amitié qu'elles vflfus témoignent doit se tourner en inimitié : ne vous avancez jamais à ce point, qu'ayant la connaissance de certains faits ou de certaines paroles de votre part, elles puissent vous les opposer, dans l'effusion de leur mauvaise humeur, et vous mettre ainsi dans le cas de les regretter, si vous êtes compromis en apparence, ou de vous sentir contrarié ou arrêté dans vos voies. Cette vigilance assidue sur vous-même est rendue nécessaire par la malice d'un siècle pervers ; car les enfants du siècle observent continuellement les enfants de lumière, avec une

vous, par des secours temporels, que dans l'intérêt spirituel de leurs âmes ; et il importe que les personnes qui ont des rapports avec vous àoient bien pénétrées de cette vérité, que vous ne les pouvez servir que dans le ministère spirituel.

(1) Tursellin. — Il n'est pas équitable, qu'étant venu pour prêcher l'Évangile, vous délaissiez la parole divine pour le ministère de Marthe. ^3

(2) Lucena. — Toutefois, si, dans quelques cas, vous jugez qu'il convient d'agir différemment, dans l'intérêt du service de Dieu, et pour l'avantage du prochain, je ne dis pas que vous ne le puissiez faire.

attention soupçonneuse et perfide; vous devez encore cette vigilance à l'intérêt de votre avancement spirituel.: et vos progrès seront d'autant plus sensibles, que vous aurez dirigé, sur tous vos actes et sur toutes vos paroles , l'œil modérateur d'une souveraine prudence.

Parla, vous garantirez aussi, contre les périls de leur inconstance, les esprits légers de vos propres amis; et, en toute occasion , vous trouverez en eux des défenseurs pleins de zèle ; car ils auront présentes à la pensée, la rectitude invariable de votre conduite et la considération attachée à votre personne, qui en est le fruit naturel ; enfin vos mérites feraient leur confusion s'Us venaient à se séparer de vous. En même temps l'opinion que vous aurez conçue de l'inconstance humaine vous fera diriger votre pensée vers Dieu et vous inspirera le mépris de vousmême ; vous demeurerez toujours en la présence de Dieu, et dans son union , éprouvant un bonheur ineffable dans cet anéantissement; tandis que si nous négligeons ce suprême devoir, nous nous verrons envahis par une infinité de misères qui devront scandaliser le prochain et nous l'aliéner insensiblement. Or, ce devoir sera rempli, pour la plus grande part, si vous faites l'examen que nous appelons particulier, qu'aucune occupation, si grave qu'elle puisse être, ne doit vous empêcher d'accomplir, deux fois le jour, ou pour le moins une fois , d'après la méthode qui nous est ordinaire.

Avant toutes choses , mettez votre soin principal et le plus attentif à purifier votre conscience et à la rendre innocente : la préservation et la guérison de la conscience d' autrui ne viennent qu'au second rang; en effet, celui qui prend de lui-même un soin imparfait est-il en état de servir les autres? Prêchez en présence du peuple aussi souvent que vous le pourrez faire : ce ministère a les effets les plus étendus, et le fruit qui en résulte pour le service de Dieu, et pour l'avancement des âmes, ne saurait être égalé par le fruit d'aucune autre œuvre.

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