LIVRE V.-— LETTRE SIXIÈME
Seigneur et notre Rédempteur , réside très-réellement sous les espèces du pain et du vin consacrées à l'autel. Après cette victoire , vous en obtiendrez sans peine qu'ils purifient sincèrement leur âme parla confession, et qu'ils s'approchent souvent, avec la dévotion nécessaire, du sacré banquet de la Table Eucharistique; \^;'fC'^^
, Au saint Tribunal , après avoir entendu l'aveu complet que le pécheur, après s'être examiné, est venu faire de ses fautes, ne croyez point la confession terminée et votre ministère accompli : vous devez pénétrer plus avant , sonder profondément par vos questions , et obtenir ainsi les révélations qui doivent encore être faites, qui sont nécessaires pour la guérison des pécheurs , et qui souvent échappent à leur ignorance. Demandez l'origine de leurs gains et les voies qu'ils y ont suivies. Quelle méthode ils emploient dans l'échange des marchandises, dans les fournitures et dans l'ensemble de leurs contrats. Vous trouverez, en général, que tout est entaché d'usure, et que la majeure partie des fortunes est le fruit des rapines, «hez ceux-là même qui vous déclaraient en toute assurance qu'ils se sentent exempts et purs de tout gain illicite, et que jamais leur conscience ne leur a fait le plus léger reproche: ainsi, chez un grand nombre, la conscience est si fort endurcie , que les fruits du vol , si considérables qu'ils soient, qu'on a recueillis de toutes parts, ne font éprouver que de légers scrupules, si même on en éprouve.
En cette matière , votre dihgence doit être encore plus grande , lorsque se présenteront, au saint Tribunal , des officiers royaux , des préfets , des intendants de finances , des greffiers, des receveurs de l'impôt, et de ces personnes enfin qui, sous un titre quelconque, et dans quelque degré que ce soit , représentent l'autorité ou administrent les finances de l'État (1). Demandez-leur à tous, avec une
(I) Lucena. — Lorsque vous entendrez en confession des gouverneurs, des intendants, ou d'autres officiers royaux, et des personnes qui gèrent les
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attention extrême, par quelles voies ils sont parvenus à augmenter leur fortune, dans l'exercice et avec les produits de leur magistrature ou de leur emploi? Hésitent -ils à parler , interrogez avec adresse et dans un langage affectueux, étudiez le terrain , et vous n'irez pas loin dans vos recherches , avant d'avoir, par des données certaines , pénétré les origines secrètes et les mystères de tant de fraudes et de monopoles, qui servent à un petit nombre, pour faire affluer dans leurs maisons la majeure partie des recettes publiques; ils afferment les revenus du roi, et leurs agents les recueillent, en leur laissant d'immenses bénéfices : ces derniers, à leur tour, perçoivent des gains monstrueux sur tous ceux que leurs différents emplois obligent de prendre part à ce trafic de finance. Pendant ce temps, on fait éprouver des retards et des déceptions sans nombre aux créanciers du trésor ; on les oblige par là même à compromettre tous leurs intérêts, en abandonnant une partie de ce qui leur est dû; les gens de finance s'attribuent cette part, qu'ils disent être le fruit de leur industrie, mais qui n'est, réellement, qu'une proie ravie par leur improbité.
Avez-vous obtenu ces aveux, ou d'autres du même genre, par un interrogatoire pénétrant et habUe, vous apprécierez bien plus sûrement quelle somme du bien d'autrui ces personnes possèdent entre leurs mains, et quelles restitutions, afin de rentrer en grâce avecDîeu, elles sont dans l'obligation d'accomplir entre les mains de ceux qu'elles ont lésés (1).
biens d'autrui, vous apporterez un grand soin, afin dé bien connaître comment ils ont gagné leur fortune, leur demandant s'ils payent à ceux qui ont droit, s'ils pratiquent des monopoles, s'ils se servent des deniers du roi pour leurs propres entreprises ; et tous les faits de la même nature.
Tursellin. — Interrogez-les sur les fonds qui sont détournés de leur application légitime, ou même qui sont enlevés ; sur les monopoles effectués par violence, et contre toutes les lois ; sur tous les actes commis dans l'administration, contre la volonté du roi, et les règles de la justice, et qu'un grand nombre de gens se permettent, en vertu de leur office et de leur autorité.
(1) Tursellin. — Après la confession, si le pécheur vous paraît encore insensible et rebelle, vous devrez différer de l'absoudre : vous lui donnerez quelques points à méditer, dûn que leur considération, agissant sur la dure
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