LIVRE V. — LETTRE SIXIÈME
le joug de J.-C. , s'échapperont pour rentrer dans leur liberté primitive (1).
Les sujets en qui, de leur propre aveu ou par d'autres indices, vous reconnaîtrez une inclination pour les vaines jouissances de l' amour-propre, pour les satisfactions des sens', enfin en qui vous verrez de la tendance à quelque autre passion, voici le moyen que je vous enseignera pour les secourir utilement. Ordonnez-leur de prendre leur temps, et de rechercher les arguments de toute nature qui leur paraîtront les plus solides et les plus puissants, pour être employés avec une personne enivrée d'orgueil, adonnée à l'intempérance, ou atteinte d'une autre maladie de l'âme, qui serait celle qu'ils éprouvent eux-mêmes : afin de guérir la personne , si la maladie est déjà formée, ou de la préserver, si elle n'est que menacée. Vous indiquerez vous-même les textes et les auteurs se rapportant au sujet , et vous dirigerez les novices pour leur faire trouver les arguments les plus concluants. Lorsqu'ils auront rassemblé lem' matière, prescrivez-leur d'en composer des discours, comme pour être prononcés, soit à l'église dans l'assemblée des fidèles, ou sur la place publique, soit aux convalescents de l'hôpital ou aux prisonniers; et faites qu'ils prononcent effectivement ces discours. Il est permis d'espérer qu'ils feront personnellement usage des remèdes qu'ils auront ainsi recommandés pour autrui, et que ces antidotes contre les venins de l'âme feront premièrement sentir leur énergie salutaire à ces âmes, qui en ont été profondément imprégnées par une attention studieuse et une méditation péné-
(1) Tursellin. — Encouragez-les avec douceur, et avec toutes les marques d'une paternelle bienveillance, à vous révéler entièrement les secrets de leur âme, de sorte qu'ils n'hésitent jamais à vous confier, à leur origine, toutes les pensées qui seraient des tentations de la nature corrompue ou du malin esprit. Cette confiance et cette habitude de rendre compte et de communiquer est admirable dans ses résultats de toute nature. En effet, si les artifices de nos secrets ennemis , si leurs perfides attaques paraissent au grand jour, souvent ils s'évanouissent par l'effet seul de la lumière; et s'ils continuent à se rendre importuns , divers remèdes en peuvent triompher.