LIVRE V. — LETTRE SIXIÈME
tranle, avant même de faire effet sur les auditem^s qui ne feront qu'entendre, comme en passant, les eiiïiceptions d'autrui exposées inopinément. En effet n'auraiefît-^ils pas honte de commettre des fautes, dont ils ont e^ayé d'affranchir le prochain avec des efforts infinis (1) ? , v ; ;
Vous pourrez employer la même industrie, avec un sage tempérament, afin de guérir les pécheui's d'une perversité pour ainsi dire désespérée, qui déclarent ne pouvoir prendre assez d'empire sur eux-mêmes pour éloigner d'eux les occasions de péchés, ou pour restituer le bien d'autrui qu'ils retiennent avec mauvaise foi; persistant ainsi volontairement dans les crimes dont ils ont la conscience, et privés fatalement de l'absolution sacramentelle, sans ignorer qu'ils ont encouru cette peine : mais néanmoins l'infag^^ mie qui s'attache à l'anathème encouru volontairement, le scandale public qu'ils savent accompagner leur personne , leur inspire quelquefois comme un dégoût de leur propre malice, et des terreurs passagères causées par le péril de la damnation éternelle qui plane sur leur tête (2).
Après vous les être conciliés par des paroles affectueuses, vous les engagerez à rentrer en eux-mêmes, à se tenir le langage qu'ils tiendraient à un ami qu'ils verraient en butte à de pareilles épreuves, afin de le déterminer à se relever et à sortir énergiquement de l'abîme. Priez-les
(1) Tarsellin. — Et voici l'un de ces remèdes, d'une vertu très -éprouvée. Lorsque vous reconnaissez en quelqu'un des tentations de vaine gloire, un attrait pour les apparences extérieures, ou pour une autre passion dont il devrait rougir, prescrivez-lui de prendre un intervalle de temps pour méditer sur la réforme de ces défauts, et ordonnez-lui d'exposer au peuple, dans la forme d'une homélie, la substance de ses méditations; un double fruit doit en résulter : d'abord un souvenir plus durable en l'esprit, après qu'on a approfondi et exprimé sa pensée, ce qui la fait pénétrer plus avant dans la mémoire; ensuite une confusion salutaire , et la honte qu'on doit éprouver, de ne pas accomplir soi-même .ce que l'on recommande aux autres.
(2) Lucena.— Vous rencontrerez des hommes tellement endurcis et aveuglés, qu'on ne peut les détacher sMt du bien d'autrui , qu'ils ne veulent point restituer, soit delà vie sensuelle où ils vivent d'une ^existence tout animale, soit de la haine où le démon les tient capfifs. , , * "^' /f^