CHAPITRE CINQUIÈME
et note). Sur un second navire étaient Antonio Gomez (II, 8 et note), Paul Valiez (II, 307 et note), François Fernandez, Manoël Vaz et Louis Froez. Xavier accueillit avec joie les premiers, avec lesquels il passa seulement cinq jours : et se réservant d'embrasser les autres à son retour, il prit la mer le 9 septembre, pour aller visiter ses chrétientés chéries du Gomorin et du Travancore.
Au Gomorin , les Badages désolaient toujours les pêcheurs des côtes; le F. Manoël Moralcz, fait prisonnier par eux, n'avait dû la vie qu'à la rançon énorme offerte par ses chrétiens.
Parmi les épreuves et les fatigues des missionnaires, Dieu toutefois manifestait sa gloire et consolait ses serviteurs par une infinité de prodiges. Des châtiments divins infligés aux impies, la guérison d'un grand nombre de malades par l'effet de l'eau bénite et par la puissance des prières, confirmaient ces chrétiens fervents dans les voies du salut. En peu de temps, le troupeau de l'Église, au cap Gomorin, compta plus de cinquante mille âmes. Tous les jours les Pallawars allaient faire leurs prières en commun dans les chapelles des villages, avant de se livrer au travail, et, le soir, ils accomplissaient le même devoir. La pratique des vertus chrétiennes, excitée et multipliée par la souffrance, rendait tous ces néophytes un spectacle digne des anges et des hommes. Le P. Xavier en fut profondément consolé , et sa charité prodigua les plus touchants encouragements à ses missionnaires et à leur peuple.
A Travancore , sur l'autre versant fdes montagnes, on opérait des fruits médiocres, mais on souffrait davantage. On peut lire, dans une lettre du Saint (I, 264), les admirables avis adressés aux religieux occupés dans cette mission.
Le 22 octobre, Xavier partit pour se rendre à Goa, en passant par Gochin, où il demeura deux mois, qu'il employa pour la réforme et la consolation de cette ville. En février 1549, il se rendit à Baçaïm, auprès du nouveau gouverneur, D. Garcia de Sa, afin de prendre ses ordres et ses recommandations pour le voyage du Japon ; et , en mars, il était de retour à Goa, pour les derniers préparatifs de cette glorieuse entreprise.
En vain, ses amis mirent tout en œuvre pour rompre son dessein. Xavier, plein de sa vocation, et supérieur à tous les dangers, détruisait par de saintes paroles toutes les objections de la prudence humaine, et combattait par les espérances de la foi les prù-
YIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
sages de ses amis. On avait nouvellement répandu le bruit de son martyre, tandis qu'il parcourait les contrées de Comorin et de Travancore ; mais ni ces sinistres bruits, ni l'appréhension des pirates et des ouragans de la mer, ni la crainte des nations barbares n'avaient accès en son cœur, et tous ces sentiments héroïques, il les exprima dans les lettres qu'avant de partir il écrivit en Europe.
En même temps, exposant à son père Ignace {Lettres, II, 1) les besoins des Indes et la vie des missionnaires, il lui demandait un renfort d'ouvriers, et surtout un recteur de son choix pour le collège de Goa. Mais nous n'essaierons pas d'analyser sa lettre ni celles qu'il écrivit au roi de Portugal (II, 12) et au P. Rodriguez (II, 16 et 29). Nous laisserons parler notre Saint, pour reprendre le récit là seulement où ce récit devient nécessaire.
Xavier établit le P. Paul de Camerino, supérieur en sa place des missions des Indes, et mit le P. Antonio Gomez à la tête du collège de Saint-Paul. Il laissa, pour tous ses Confrères, des instructions admirables qui pour la plupart nous ont été conservées. Nous possédons heureusement les lettres au P. Paul de Camerino {Lettres, II, 73) et aux autres Pères qu'il envoyait dans différentes parties des Indes. Tout le monde, en effet, demandait de ces missionnaires, qui renouvelaient les mœurs portugaises dans les villes royales et qui dilataient merveilleusement le domaine de Jésus- Christ parmi les infidèles.
Le P. Alphonse de Castro (II, 101, note) fut envoyé aux Moluques; Alphonse Cyprien (II, 21, note), à Saint-Thomas de Méliapour; Nicolas Lancilotti (I, 193, note), à Coulam; Melchior Gonçalez (II, 23), à Baçaïm; enfin, à Ormuz, le P. Gaspard Barzée (II, 17, note). Chacun d'eux était accompagné d'un Frère, pour le seconder dans ses œuvres.
Nous ne voulons point nous étendre sur ces différents missionnaires, renvoyant aux lettres où leurs noms sont cités la notice abrégée de leur vie et de leurs vertus.
Au mois d'avril 1549, Xavier s'embarqua de Goa pour Cochin, où il devait prendre un auLre navire allant à Malacca. Il était accompagné du P. Côme de Torrez, du F. Joam Fernandez et des trois Japonais convertis, Anger et ses deux serviteurs.
Le 31 mai, le Père était à Malacca (II, 80), où il rendit au vicaù-e de l'évêque, Alphonse jUartinez, le plus précieux service