‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 400 sur 759 · LIVRE V. —LETTRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE V. —LETTRE SIXIÈME

leur maison , de leur faire restituer leurs larcins, de leur faire réparer les désastres de leurs yictimes. Ni l'amour ou le respect de Dieu, vertus qu'ils ont absolument perdues, ni la crainte de la mort et de l'enfer, dont l'impression n'a plus d'effet sur eux, ne les y déterminera. Il ne reste qu'un moyen de les effrayer, c'est de leur présenter le redoutable spectacle des maux de cette vie, les seuls qu'ils craignent encore. Alors vous leur dénoncerez que s'ils ne se hâtent pas d'apaiser la colère de Dieu, bientôt vont fondre sur eux les calamités des naufrages, les justes rigueurs xies officiers du roi, les procès et les mille accusations qui en sont la suite, les condamnations judiciaires, les longues misères de la captivité, les amertumes des maladies incurables, souffertes au sein d'une profonde misère et d'un délaissement absolu, sans le remède bienfaisant d'aucune consolation ; au milieu de l'infamie, qui étendra sa flétrissure indélébile de leur personne même à celle de leurs enfants , de la haine et de l'exécration publiques ; tous ces maux enfin qu'ils se souviennent d'avoir vus s'appesantir sur tels et tels qu'ils ont bien connus, et qui ne les avaient pas mérités davantage qu'eux-mêmes ne les méritent. En effet. Dieu ne saurait être méprisé impunément ; et les rigueurs de sa justice sont d'autant plus inexorables qu'elles sont plus longtemps demeurées en suspens; la saisissante image de tous les malheurs dont ils sont menacés doit ébranler infailliblement ces pécheurs et leur inspirer un vif sentiment de la crainte de Dieu : ce sera pour eux, si malheureusement égarés jusqu'alors , le commencement et le principe de leur retour à la sagesse (1). Toutes les fois que vous devrez entamer avec une per-

(1) Lucena.— Mais la continuité des mêmes péchés, et l'oubli continuel de Dieu et des images de l'autre :vie, altèrent à ce point la conscience de quelques-uns, et diminuent tellement leur foi, qu'ils ne croient plus qu'en ce qui est visible, et sont, pour les choses de foi, comme s'ils ne croyaient point, ou s'ils demeuraient dans l'incertitude ; avec ceux-là vous emploierez un dernier moyen, qui est de leur représenter les châtiments actuels que

sonné une affaire ayant rapport à la religion et aux intérêts du salut éternel, vous aurez la prudence de ne dire aucune parole, avant d'avoir pénétré, et d'avoir connu par des signes évidents, l'état intérieur et spirituel de la personne (1) : si elle est en paix , ou agitée par une passioà violente; si elle est disposée à suivre la voie du bien que vous lui aurez enseignée , ou si elle veut persévérer dans l'erreur de ses anciennes voies, et demeurer engagée sans espérance de retour dans des pensées inférieures et mondaines, qu'elle a jusqu'à ce jour fait passer avant les devoirs de la religion ; et si elle entretient les mêmes résolutions pour l'avenir : si elle est assiégée par les tentations du démon , ou si, laissée à elle-même et aux inspirations de sa nature, elle est disposée à écouter vos avis ; enfln si rétive et irritable , elle donnerait à craindre de la voir éclater en emportements, au son d'une parole imprudente.

Vous devrez conformer votre langage à la connaissance que vous aurez acquise, afin que vos paroles soient pleines de douceur avec les violents, modérées avec les natures agitées, habiles et pénétrantes avec les esprits prévenus ou remplis de préjugés ; ayez plus d'ouverture et de liberté

Dieu dès cette vie envoie sur les pécheurs, quand aux uns il abrège leurs jours par la maladie, à d'autres il les tranche par un accident prématuré, à d'autres il enlève leurs enfants et leurs femmes, etc.. Sachez donc que plusieurs ont été plus touchés de la pensée de ces maux que du sentiment des destinées éternelles : et il est salutaire que, demeures insensibles à d'autres remèdes, ils soient ramenés par ce dernier de tous dans les voies de la pénitence.

Tursellin. — Il faudra surtout les effrayer par la crainte de l'enfer et du jugement futur ; mais certains hommes insensés n'envisagent ces redoutables châtiments que dans un lointain extrême, etd' autres, à cause de la faiblesse de leur foi, ne rougissenfpas d'en mettre en question l'existence ; vous pouvez présenter successivement à leurs yeux les maladies , les afflictions, les fléaux naturels, l'exil, la captivité, la mort violente, la perte des parents , les naufrages, la confiscation des biens, le pillage, et mille autres espèces de malheurs, dont Dieu, pendant cette vie même, châtie les impies et les individus endurcis dans le mal; et par ce solennel avertissement, vous vous efforcerez d'arracher à leur folie ces criminels insensés.

(1) Tursellin. — Si elle a soif de la justice, et si elle est dans les dispositions d'un disciple fidèle.

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