‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 421 sur 759 · LIVRE V. — LETTRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LETTRE HUITIÈME

Les lettres qui m'étaient adressées ajoutaient encore, que le Japon offrait un vaste champ à la prédication de l'Évangile ; que ses peuples étaient circonspects et judicieux, appréciant toutes choses au poids de la raison, sages, infiniment curieux de s'instruire de toute nouveauté. Aussi je conçois, si nous avons l'appui de la grâce divine, un merveilleux espoir de recueillir des fruits immenses par la conversion d'un grand nombre de Japonais, et peut-être de tous, et de voir une foule innombrable de ces âmes errantes se rassembler dans le sein de l'Église, si nos péchés ne s'opposent à ce que Dieu se serve de nous pour être les ministres de sa gloire. r ' '

Quoique ces nouvelles m'eussent de plus en plus confirmé dans mon dessein, j'ai de nouveau réfléchi longtemps et profondément, recherchant tous les signes qui pouvaient me révéler la volonté de Dieu touchant cette entreprise.

Mais après que des indices extérieurs et sensibles m'eurent démontré que ce voyage tendait à servir la gloire et la volonté divines, je m'y suis arrêté d'une manière irrévocable; et je me serais cru, si j'avais abandonné 0(sî^ œuvre, plus criminel cent fois que les Japonais inflC dèles. Je me sens encore plus affermi, quand je vois l'ennemi de notre salut faire d'infinis efforts pour changer nos sentiments et rompre nos desseins. Je ne sais ce qu'il craint de notre part, mais il est certain qu'il tremble pour lui-même et pour sa puissance. En vain il s'agite

tré, le démon règne sur les peuples avec un empire inconnu de nos races chrétiennes. Ses sinistres apparitions , la possession qu'il exerce sur des Individus, les prestiges dont il entoure son culte sont les signes douloureux de la malédiction prononcée sur Adam notre père , et de la corruption de notre nature, signes surtout visibles chez les peuples qui n'ont pas cessé d'être assis à l'ombre de la mort. Mais le Saint-Sacrifice, où le Sauveur du monde renouvelle l'immolation du Calvaire, et apporte, pour ainsi dire, luimême son précieux Sang à ces peuples , afin qu'ils en soient lavés et régénérés ; le signe de la Croix, c'est-à-dire le signe de notre salut ; quelquefois même, on l'a vu, la seule présence des prêtres, ministres de Jésus-Christ, celle des saintes âmes vivant en l'état de gràceî font évanouir les illusions de l'ennemi, dissolvent sa puissance et le relèguent au fond des enfers.

Page 1