LIVRE V. — LETTRE HUITJÈME
Et néanmoins je vois dans notre expédition , non-seulerment des travaux excessifs et infinis, mais des périls évidents de mort. En effet, dans ces régions, la violence des tempêtes est extraordinaire ; la mer est semée d'écueils et pleine de courants et de gouffres ; des pirates sans nombre, insatiables de butin et pleins de férocité, parcourent tous les passages. Ces mortels dangers que j'annonce ne sont point de vaines terreurs ; on sait les exemples des naufragés, des captifs, dont le nombre s'accroît avec celui des audacieux qui affrontent les événements de ces mers. Un tiers des navires qui font voile de Malacca ou des ports voisins pour le Japon , périt par la tempête , par les écueils ou par les pirates ; c'est une expérience acquise , et c'est d'un accord unanime, une cbance humainement inévitable (1).
Souvent, au milieu de ces pensées, U m'est arrivé d'appréhender que la plupart des membres de la Compagnie, qui sont pleins de science, s'ils étaient envoyés ici pour annoncer l'Évangile, et qu'ils connussent, par une expérience présente et personnelle, nos fatigues infinies, les périls extrêmes qui menacent notre tête et notre existence, et auxquels nous expose tous les jours l'intérêt de notre vocation et de notre ministère, que ces grands docteurs,
treprise, et la Providence de Dieu, dont les mouvements dirigent nonseulement les hommes, mais aussi les démons. Satan lui-même, sans la permission que Dieu lui donna, n'aurait pu toucher à la personne de Job.
(1) La piraterie, de nos jours encore, est l'existence de nombreuses populations malaises et chinoises. Les habitants du littoral sont pêcheurs pendant une partie de l'année, et pendant l'autre, pirates. Souvent les marchands, pour liquider leurs comptes annuels.font la course dans les derniers mois, afm de réaliser les sommes qui leur manquent. II existe des associalions entre les négociants de terre, bâilleurs de fonds et dénonciateurs d'un butin à faire, et les hommes de mer qui exercent la course. En 1850, on a saisi des livres tenus commercialement entre des associés de ce genre. Des primes annuelles sont payées anx pirates, à titre d'assurances, par des individus, et même par des villages entiers. Jamais la répression des pirates n'a été dans l'intention ni dans le pouvoir des gouvernements indigènes. Les colonies européennes elles-mêmes ont été impuissantes jusqu'à ce jour pour exterminer un fléau trop universel : on détruit des flottes de pirates, sans cesse il en renaît; c'est dans les mœurs et dans la vie de ces peuples.