LIVRE V. — LETTRE HUITIÈME
dis -je, éprouvassent de certains scrupules, et fussent tentés de nous accuser d'être téméraires , et d'aller contre la censure des saintes Lettres, qui interdisent de tenter Dieu. Mais après une mûre et profonde considération, je reviens sans peine de ces craintes, et je me remets entièrement : j'ai la confiance que la Providence paternelle de Dieu Notre- Seigneur envers la Compagnie disposera toutes choses avec suavité ; en sorte que ces membres qui seront venus au milieu de nous, privilégiés dans un éminent degré, des dons de la science et de l'éloquence , verront ces dons influencés et tempérés par notre discipline et par l'éducation de notre maison, et qu'ils demeureront toujours en la puissance de l'Esprit-Saint qui doit les animer, ainsi que les autres membres de la Compagnie (1). '*
S'il en était différemment, je concevrais sur eux de grandes craintes, et je ne pourrais maîtriser mon inquiétude; les yeux de ma pensée ne cesseraient de voir ces paroles qui me sont si présentes, de notre P. Ignace : (( Que les véritables enfants de la Compagnie de Jésus doivent apporter leur application tout entière à se vaincre eux-mêmes, et à découvrir les moyens de dissiper les vaines terreurs qui pourraient empêcher les hommes d'établir en Dieu seul leur parfaite espérance et leur confiance la plus absolue, n En effet, quoique la confiance et l'espérance parfaites soient des dons gratuits de Dieu, qu'il accorde selon sa volonté , ces bienfaits de sa part se répandent le plus souvent sur ceux qui s'efforcent courageusement de se commander à eux-mêmes, et qui ne négligent rien afin d'acquérir un absolu domaine sur toutes leurs facultés, par un effet de la vraie charité, qui soumet tout aux intérêts du service et de la gloire de Dieu.
En vérité , proyez qu'il existe une différence immense entre ceux qui ont leur confiance en Dieu, lorsqu'ils ont
(1) Lettre à Rome : — Je crois que l'esprit de Dieu , qui habite en l'esprit de nos sages et de nos docteurs, modérera leurs craintes.