‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 43 sur 759 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

nérer l'image et celle qui y était représentée, et de qui l'apparence lui semblait plus qu'humaine.

La mère du souverain fut égaleiiicnl cisarmée de ia vue du tableau : cette princesse et les dames de sa cour se j)rosternèrent aussi pour saluer la divine 3]ère et Jésus-Christ son Fils, et Paul fut prié de raconter la vie de Notre-Seigneur. La môme princesse, après quelques jours, fit demander une copie du tableau et un abrégé des récits qu'elle avait entendus. On ne put trouver un peintre pour imiter le tableau ; mais on fit rédiger le livre, et oij le transmit à la reine.

Alors le P. Xavier entreprit l'étude de ia langue japonaise , langue infinie dans ses profondeurs et dans ses élégances, et qui exige dans son usage une; perfection érainente. « Nous redevenons enfants par l'étude, écrivait le Père, et plût à Dieu que nous eussions la simplicité des enfants [Lctires, ÏI, 16i) ! » En elfet, le Saint apprenait humblement les premiers éléments de la grammaire : et l'Esprit-Saint, qui devait lui communiquer , d'abord dans des occasions solennelles, et plus tard comme continuellement, les grâces dont les apôtres s'étaient vus remplis au sortir du Cénacle, ^voulait lui laisser étudier les éléments des caractères, et les premiers principes de ce nouveau langage, lui réservant, h son heure, le complément parfait de ia science. En moins de cjuarante jours, le Père fut en état de traduire, assisté de Paul, V Explication du Symbole, cet abrégé de la doctrine chrétienne qu'il avait composé dans les Indes. Il en rédigea deux exemplaires, l'un en caractères japonais pour les néophytes, l'autre en caractères latins pour lui-même et pour ses Confrères {Lettres, îl, I64, 172).

C'est ici le cas d'admirer encore, avec le P. Lucena, par combien de moyens divins et humains l'Apôtre du Japon s'affermissait dans ses voies. Son humilité fut teiie qu'il n'entra dans cet apostolat japonais, que lui avait ouverte la vocation divine, qu'avec un profond tremblement. Son oraison était continuelle, ses austérités infinies. Devons-nous donc demeurer surpris des grâces prodigieuses dont notre Dieu, si plein de miséricorde , a comblé ce vaisseau d'élection, et les riches parfums qui s'en sont exhalés?

Cependant Paul instruisait sa famille et sân. voisinage (Xe«re5, ÏI, 163) : et après les avoir instruits, il les amena vers Xavier,

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

qui conféra le baptême à tous les membres de ce petit troupeau.

Le jour de Saint-3Iichel {\5k9) , Xavier fut reçu par le roi [Lettres, II, 172). Ce prince fut rempli d'admiration de ce qu'un homme était ainsi venu des extrémités du monde pour annoncer une religion nouvelle à des peuples étrangers, sans aucun intérêt d'avarice ni d'ambition humaines. « Gardez, dit-il au Père, le dépôt précieux de cette doctrine : quant à moi, je vous autorise à la prêcher à mon peuple : allez, car je permets à tous mes sujets d'embrasser cette foi. »

Aussitôt le Père commença ses prédications publiques. Placé sur un endroit éminent, il élevait les yeux vers le ciel, et y taisait diriger les regards de son auditoire. Ensuite, faisant sur lui-même et sur le peuple le signe de la Croix, il ouvrait son catéchisme et prononçait à haute voix et avec autorité le texte rédigé par lui. Les bonzes, comme autrefois les pharisiens, blasphémaient d'ordinaire en entendant le Saint : le peuple était souvent incrédule, et souvent indifférent : quelquefois même il se montrait hostile et insultait h l'orateur. Xavier, toujours constant, toujours héroïque, continuait sa lecture et exposait avec une dignité sainte les mystères divins et les vérités du salut.

Déjà les questions commençaient h naître , et Xavier répondant, par interprète , éclaircissait les doutes et résolvait les difficultés. Bientôt on vit plusieurs de ses adversaires se confesser vaincus et demander le baptême. Le premier qui se rendit à la vérité fut un homme pauvre et de la dernière condition. Dieu voulant donner cette humble origine à l'Église bénie du Japon. 11 fut baptisé sous le nom |de Bernard (I, 303, note) et sa vertu le rendit illustre entre tous.

Xavier visita les bonzes (II, 166, 217) afin de s'instruire de leur philosophie et de pouvoir la combattre avec avantage. Le plus considérable d'entre eux, et celui que tous réputaient comme un prodige de science et de sagesse, à ce point qu'on lui donnait le titre de Nin-ckit, expression japonaise qui signifie Cœur de vérité, était un vieillard plus qu'octogénaire. Il accueillit le Saint avec amitié, l'entretint longtemps sur la religbn, et finit par laisser paraître ses incertitudes et son ignorance, touchant l'origine et l'essence immortelle de l'âme : mais au point de se rendre et d'échanger son erreur contre la vérité divine, ce vieillard, tout en confessant la réalité des preuves et la prééminence des doc-

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