CHAPITRE SIXIÈME (15^9-1551). LXXXVII
trines, n'embrassa point cette religion sainte, qui ne veut être professée qu'en esprit et en vérité. De même, la plupart des autres bonzes, enchaînés par leurs mauvaises mœurs, demeurèrent, ayant les yeux ouverts, dans leur infidélité, rebelles à l'Esprit-Saint^ et plus criminels que le vulgaire ignorant, dont ces maîtres d'erreur avaient fait l'esclave aveugle et abusé du démon.
Après ces premiers succès le Père écrivit au P. Ignace (II, 141) pour lui en rendre compte : en même temps il appela des Indes (II, 174) les PP. Gaspard Barzée, Balthazar Gago et Diogo de Carvalho, Pour les deux premiers , le Saint modifia plus tard ses dispositions. Quant à Carvalho, il était mort d'épuisement avant la réception de la lettre. Le Père annonçait à ses Confrères de Goa (II, 177) la prochaine arrivée dans leur séminaire de deux bonzes japonais qui devaient aller s'y instruire dans la religion chrétienne et dans les sciences d'Europe,
Sur ces entrefaites, une persécution s'éleva contre le nouvel apôtre. Les bonzes {Lettres, II, 220), déconsidérés et appau\Tis par l'effet des prédications du Père, l'attaquèrent d'abord en pubhc et devant le peuple, le traitant d'imposteur et même de démon. Mais le peuple démêla sans peine les motifs de cette guerre, et entendant les solides raisons émises par Xavier, s'édifiant d'ailleurs de sa vie pénitente et plus austère que celle affectée par les bonzes, il lui rendit justice et négligea les clameurs des prêti'es idolâtres.
Xavier vit alors sa prédication confirmée par d'éclatants miracles. Se promenant au bord de la mer, il rencontra des pêcheurs dont les filets étaient vides, et qui gémissaient de leur mauvaise fortune. Le Saint en eut pitié et se mit en prières : se relevant après son oraison, il leur conseilla de jeter de nouveau les filets à la mer. Cette fois les filets revinrent si remplis, qu'à peine on pouvait les relever et les attirer sur le rivage. Et, chose merveilleuse ! la baie de Cangoxima, jadis rare en poissons, fut dès lors fameuse par son abondance.
Un jeune enfant, dont le corps était tout enflé et qui en était devenu difforme , lui fut présenté par sa mère : Xavier le prit dans ses bras, et le regardant avec tendresse, lui dit par trois fois ; « Que Dieu te bénisse, mon enfant ! « et il le rendit à sa mère dans un état naturel, et brillant de santé. .
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VIE DE SAIINT-FRANÇOIS-XAVIER
Un lépreux qui vivait eu dehors de la ville fit prier le Père de venir le visiter. Xavier, ne pouvant y aller lui-même, envoya son compagnon, eu lui ordonnant de demander par trois fois à l'infirme s'il croirait en Jésus-Christ dans le cas où sa lèpre serait guérie, et en lui recommandant de faire par trois fois le signe de la Croix sur cet homme, s'il promettait fermement d'embrasser la foi. Tout se passa comme le P. Xavier l'avait ordonné : le malade promit, fut guéri par le signe de la Croix, et demanda le baptême.
Enfin le plus glorieux miracle qu'opéra le Saint dans Cangoxima, fut la résurrection d'une jeune fille. Cette enfant venait d'expirer , et son père , un idolâtre, était éperdu de douleur : des néophytes qui le visitèrent avant les funérailles, l'engagèrent à recourir au saint missionnaire. Le païen, consentant à espérer contre l'espérance, mais sans fondement apparent , et comme un homme aux abois, alla se jeter aux pieds de François, et le conjura de lui rendre sa fille. François sentit ses entrailles émues à la vue de cette affliction , et se retira pour prier avec son compagnon Fernandez. Apres un temps, il revint et dit à ce père : « Allez, votre fille est vivante. » Le païen, dont la pensée était que le Père consentirait à le suivre et à invoquer le Dieu des Chrétiens sur le corps de la morte, se retira plein de tristesse. Il s'éloignait à peine, lorsque ses serviteurs accoururent, et lui crièrent que sa fille était vivante. Sa fille elle-même était sur leurs pas. L'enfant lui raconta cpi'après avoir rendu l'àme, elle s'était vue saisie par deux démons horribles qui la voulaient précipiter dans une mer de feu ; qu'alors deux liommes vénérables l'avaient arrachée à ses bourreaux et l'avaient rendue à la vie. Le Japonais comprit quels étaient ces deux hommes, et vint se jeter aux pieds de Xavier. Or voici que la fille elle-même, reconnaissant ses deux libérateurs, s'écria : « Ce sont là, mon père, ceux qui m'ont délivrée. » Et sur l'heure, le père et la fille demandèrent le baptême.
Néanmoins les bonzes, voyant leurs hosniités sans succès auprès du peuple, attaquèrent Xavier en présence du souverain, et faisant parler les dieux du pa^s, menacèrent le prince de calamités sans nombre et de séditions domestiques^ s'il désertait ses dieujç anciens et s'il laissait prévaloir le Dieu des étrangers, le Dieu protecteur des pauvres. Dans le même iemps, le roi veaiait d'apprendre que les vaisseaux portugais accoutumés à fréquenter .son port étaient allés à Firando pour y faire le commerce. La
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