LIVRE V. — LETTRE DIXIÈME
naissance et à celle de toute la Compagnie. Il a fait paraître dans le soin qu'il a pris de nos affaires une si profonde sollicitude envers nous, qu'il est allé jusqu'à vouloir équiper à ses frais et faire partir, à cause de nous uniquement, un vaisseau portugais pour le Japon: et il eût réalisé son dessein, s'il s'était trouvé pour cette expédition un bâtiment convenable : obligé d'y renoncer, il a porté ses vues sur un navire de construction chinoise, de ceux que l'on appelle des jonques (1). Le patron chinois de ce navire, surnommé le Voleur, a , quoique idolâtre , toute sa famille à Malacca. Cet homme s'engageant à nous conduire directement au Japon, le gouverneur ne crut pas devoir ajouter foi témérairement à la parole d'un païen, et en exigea le contrat écrit : l'infidèle y déclare, de sa pleine volonté, qu'il laisse à Malacca, pour la garantie de sa promesse, son épouse et tout ce qu'il possède , stipulant que si nos propres lettres , écrites du Japon même, ne constatent pas que nous avons été conduits. en cette contrée dans les termes de l'engagement, son épouse, qu'U laisse à Malacca , et tout ce qu'U possède sur le territoire portugais, seront dévolus au fisc.
Le même gouverneur nous a pourvus très-abondamment, et avec une prévoyance infinie, de tous les objets nécessaires pour la traversée du Japon, et pour un premier établissement dans le pays. Il a même consacré 200 fanaïes d'or à l'acquisition de présents destinés au souverain du Japon, afin que nous puissions ainsi nous le concilier, et nous le rendre favorable dans la prédication de l'Évangile.
Nous irons en ligne droite au Japon, sans nous arrêter dans aucun des ports de la Chine. Le Seigneur notre Dieu
(1) Jonque est le nom donné par les Européens à tous ces bateaux chinois, médiocres voiliers, d'une construction primitive, et qui représentent pins ou moins la forme d'un œuf. On les voit, dirigés par de hardis marins, sillonner les mers de Chine, et se livrer à la fois au cabotage, à la pèche et à la piraterie.