‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 45 sur 759 · CHAPITRE SIXIÈME {i5k9-l55X). LXXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME {i5k9-l55X). LXXXIX

jalousie intéressée du prince le rendit hostile aux religieux d'Europe, et cédant à la fois à l'obsession des bonzes et à ses propres mécontentements , il défendit à ses sujets de se convertir à la religion nouvelle, et ce devint un motif pour les infidèles d'éviter tous rapports avec les missionnaires : quant aux néophytes, au nombre de cent environ, ils demeurèrent constants dans leur foi, et leur ferveur y prit un singulier accroissement.

Le Père les fortifia par ses instructions et fit imprimer pour leur usage le catéchisme qu'il avait traduit. En même temps il conçut le dessein de visiter d'autres places pour y annoncer Jésus-Christ et pour répandre la foi dans toutes les provinces de l'empire. . /

Il reçut alors la nouvelle du martyre d'Antonio Criminale. Ce saint rehgieux, qui fut le premier martyr de la Compagnie, avait donné sa vie, comme un bon pasteur , pour le troupeau qu'il dirigeait. Les Badages ayant envahi le territoire des Pallawars, il fit réfugier ses néophytes sur des navires portugais qui se trouvaient près de la côte, et lui-même, demeuré le dernier de tous, se vit surpris par la horde ennemie. Il eût pu s'échapper ; mais craignant pour ceux de ses enfants spirituels qui seraient tombés entre les mains des barbares, que la violence des tourments n'affaiblît leur foi, et désirant les confirmer en Jésus-Christ, ou mourir lui-même avec eux, il se livra spontanément aux Badages. Il fut percé de trois coups de lance, et comme il vivait encore lorsque ses bourreaux se jetèrent sur lui pour le dépouiller, il voulut les aider à lui enlever son habit, afin d'imiter l'Agneau divm jusque dans sa nudité.

Xavier pleura le fidèle coopérateur que le ciel venait de lui ravir : et en même temps il rendit gloire à Dieu, pour ce gage de fécondité spirituelle qui devenait la consolation et l'espérance de l'apostolat des Indes.

Et depuis ce temps, combien de martyrs, même parmi les compagnons du Saint, arrosèrent de leur sang la moisson du Seigneur ! En la même année, 15^9, le P. Nuno Ribeiro fut empoisonné par les naturels d'Amboine. En 1551, le P. Melchior Gonçalez expira de la même mort- à Baçaïm. En 1552, un Frère laïque, compagnon du P. Henri Henriquez , fut martyrisé près du cap Comorin par la main des gentils ([u'il catéchisait. En 1558, le P. Alphonse de Castro fut mis à mort par les ordres du roi de Ter-

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

nate. En 1568, le P. François Lopez fut massacré par les maliométans de l'Inde.

Le P. Xavier partit de Cangoxima dans le courant de septembre 1 550, avec Côme de Terrez et Joam Fernandez, laissant à Paul de Sainte-Foi le soin de confirmer ses compatriotes dans la pratique de leurs devoirs religieux {Lettres, II, 198) (1).

Sur la route, le Père s'arrêta dans le château d'un seigneur appelé Hexandono (Appendice^, n° XIII) ; l'accueil parfait qu'il y reçut l'y fit demeurer quelques jours, pour y annoncer l'Évangile à ses habitants. Il convertit et baptisa l'épouse et un fils d'Hexandono, et quinze autres personnes : Hexandono lui-même, convaincu des vérités de la foi , fut empêché, par l'intérêt politique, de se convertir à J.-C. Le Père mit les nouveaux chrétiens sous la direction de l'un d'entre eux, vieillard vénérable, intendant d'Hexandono; il laissa par écrit à ce pieux néophyte l'explication du Symbole, l'abrégé de la Vie de N.-S. J.-C, les Commandements de la loi divine, l'Oraison Dominicale, les Psaumes de la Pénitence, les Litanies des Saints, différentes prières et le tableau des fêtes chrétiennes pour un certain nombre d'années. Il lui recommanda de rassembler tous les dimanches et les jours de fêtes les chrétiens et les gentils mêmes qui y consentiraient, dans une salle écartée du palais, et de leur lire les articles de la doctrine chrétienne et un chapitre de la Vie de J.-C, et de réciter tous les jours, avec les fidèles, les Litanies des Saints avec les prières: et les vendredis, les sept Psaumes de la Pénitence (2).

(1) Six mois après le départ du Saint, Paul fut obligé , par les persécutions des bonzes, de s'exiler lui-même. Cette Église persévéra néanmoins d'une manière admirable : les trois cents chrétiens laissés par le P. François en convertirent cinq cent sautres en peu d'années, et lorsque, en 15G1, le F. Almeida s'y rendit avec le Japonais Melchior, il y trouva les consolants témoignages d'une invincible fidélité. \ ■ ^

(2) Ces chrétiens persévérèrent si bien dans la foi que lorsque, après dixhuit ans, le F. Almeida passa dans leur place, il y trouva près de cent chrétiens. Le vieux catéchiste avait baptisé deux autres fils d'Hexandono. Un des nouveaux néophytes avait composé lui-même un livre sur les vérités de la religion , et le ï". Almeida trouva ce livre si complet et si bien écrit qu'il en prit une copie pour la porter aux fidèles de Bungo. De précieuses reliques laissées par le P. Xavier avaient opéré de nombreux miracles que nous trouvons signalés dans la lettre du F. Almeida {Appendice, n» XIII).

Page 1