‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 46 sur 759 · CHAPITRE SIXIÈME (15Zl · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME (15Zl

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Après de grandes fatigues, le P. Xavier arriva à Firando, capitale de la province de Figen, dans l'île de Chimo. Il y fut accueilli par les marchands portugais de la manière la plus honorable ; et cette réception, non moins que l'intérêt politique, lui concilièrent dès l'abord la faveur du souverain. Ce prince accorda sur-le-champ aux religieux d'Europe la faculté de prêcher et de répandre leur religion dans ses États : et, en moins de vingt jours, Xavier baptisa, dans Firando, plus de cent personnes, c'est-à-dire au delà du nombre qu'en une année il avait converti dans Cangoxima.

Ces merveilleux fruits encouragèrent le Saint dans la pensée d'aller attaquer l'infidélité dans son fort, et de se rendre à Méaco même, la métropole du Japon, pour engager le combat avec les principaux docteurs de ses universités.

Il laissa donc à Firando Côme de Torrez pour catéchiser les habitants, et partit le 27 octobre 1550 {Lettres^ II, 198), avec le F. Joam Fernandez, et les deux Japonais, Matthieu et Bernard, qui devaient lui servir d'interprètes et de catéchistes. En vain les marchands portugais lui avaient offert des subsides considérables : il avait tout refusé, préférant subsister d'aumônes : elles 2,500 pardamsj qui [lui avaient été remis par le gouverneur des Indes au nom du roi de Portugal , il les avait employés à secourir les Portugais pauvres el les néophytes japonais.

Xavier se rendit par mer à Facata, dans l'ile deNipon, et de là, par mer également, à Amanguchi, capitale du royaume de Naugato, et l'une des villes les plus considérables du Japon.

Cette ville opulente était un foyer de corruption et de vices, et le P. François ne put se résoudre à la traverser sans y annoncer les vérités du salut. Un cahier à la main, car il ne possédait point encore avec plénitude l'idiome japonais, il lisait les enseignements rédigés en la langue du pays, mais écrits en caractères européens. En même temps, les ardeurs sacrées de l'esprit apostoUque animaient tellement ses paroles, que ses auditeurs émus concevaient une profonde admiration pour le prêtre étranger qui venait leur prêcher une religion nouvelle, à travers tant de périls, et en professant lui-même une vie aussi pénitente. « Si votre loi, dirent à Xavier les principaux de la ville, nous paraît, d'après vos discours, plus sage que la nôtre, nous vous promettons de la suivre. » Mais les désordres de la chair et la passion des richesses furent long-

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

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temps plus puissants que la conviction spéculative, sur ces âmes dépravées de race et possédées par l'esprit du mal depuis tant de générations. Aussi, le vénérable Père recueillit-il plus de fruits en souffrant qu'en enseignant. On sait, et le procès de canonisation en fait foi, que cet autre Paul fut éprouvé par toutes les douleurs de l'âme et du corps ; qu'il fut humilié comme les premiers Apôtres, et qu'il j-endit ainsi témoignage à son divin Maître.

Le roi d'Amanguchi fit venir Xavier en sa présence et lui demanda d'où il était, et quel motif l'amenait au Japon. Xavier lui répondit en peu de paroles qu'il était Européen, de race espagnole, et qu'il venait dans ces terres lointaines pour y annoncer l'Évangile de Jésus-Christ. Sur le commandement du roi, il donna lecture de son cahier japonais sur les vérités de la religion, cl il parla pendant près d'une heure en présence du souverain infidèle.

Après l'avoir écouté très-attentivement et sans l'interrompre, le roi, sans exprimer aucune opinion, lui permit de se retirer. Mais ce fut pour le Père une autorisation tacite de continuer à prêcher. Peu de fruits néanmoins répondaient à ses efforts. Les ardentes paroles de l'Apôtre ne pouvaient parvenir à fondre cette glace des cœurs, que la vie sensuelle et les délices du monde avaient rendue comme impénétrable à la grâce. Le P. Lucena nous décrit d'une manière touchante la prédication du P. Xavier. « On voyait, dit le vieil historien, le P. François, avec sa robe tout usée, s'avancer portant sous le bras son hvre de catéchisme; mais à peine avait-il élevé ses yeux vers le ciel et les avait-il abaissés gravement sur le peuple, tenant le livre ouvert dans la main gauche, et étendant la droite avec une majesté souveraine, qu'il prononçait les paroles de vérité, et qu'il s'enflammait dans la peinture des vices de la terre; et l'on voyait se vérifier les paroles du Prophète : « Vous ); marcherez sur les serpents et sur les vipères ; vous foulerez aux » pieds les lions des déserts et les monstres de la mer (1). » Eniia, le récit des souffrances de Notre-Seigneur finit par attendrir l'auditoire, et selon l'expression du P. ïurseUin, la .Miséricorde ouvrit les voies à la rehgion. Toutefois, le nombre des élus fut peu considérable, car l'heure de ce peuple n'était pas encore venue.

Sur la fin de décembre (1550), Xavier poursuivit sa route vers

(DPsalm. xc, 13.

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